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Quand les personnes âgées inventent ensemble leur futur logement


Cédric Polère | 18 février 2016 | Mots-clés seniors coopération | Fils rouges discrimination

La population vieillit, et en vieillissant, les risques de dépendance et d’isolement augmentent, surtout à partir de 75 ans. Face à ce constat, on voit fleurir, entre le domicile individuel et l’hébergement en institution, une multitude d’initiatives d’habitat dit « groupé » (plusieurs appartements dans un immeuble ou plusieurs maisons autour d’une cour) et d’habitat « partagé » (appartements en colocation par exemple), conçues pour donner le sentiment de « vivre chez soi, mais parmi les autres ».

La démarche « Etat des lieux et diagnostic de l’offre d’habitat pour les personnes âgées » à l'initiative de la Métropole de Lyon a recensé les initiatives de ce type dans l’agglomération. Parmi la vingtaine de projets détaillés, on apprend que la coopérative d’habitants CHAMAREL prévoit la réalisation de 16 logements en 2017 à Vaulx-en-Velin, que l’association Oasis-Maison des Babayagas et le bailleur Est Métropole Habitat ont un projet de 20 logements au centre de Saint-Priest pour 2019, ou encore que la colocation intergénérationnelle se développe, avec les associations ESDES Inter-générations et Le Pari Solidaire Lyon (140 binômes ou trinômes constitués de personnes âgées et de jeunes).

Ce qui frappe, c’est l’inventivité des porteurs de projet, avec par exemple l’organisation sous statut de coopérative d’habitants pour assurer la continuité de la propriété collective des logements. Ce qui frappe aussi, c’est que ces projets ne concernent encore qu’un nombre infime de personnes, et que les délais pour les concrétiser sont bien plus longs que prévus.

Ces offres d’habitat s’inscrivent clairement dans le sens d’une ville inclusive, qui module son fonctionnement pour s’accorder à la personne et à ses besoins. A la condition toutefois que les offres soient accessibles à tous, ce qui est loin d’être gagné. Très souvent, les « séniors » qui s’engagent dans ces projets ont un niveau élevé de ressources (éducation, capital…) et sont moins isolés que la moyenne. L’enjeu est donc que ces formes d’habitat s’élargissent au plus grand nombre. Cela suppose un soutien de la Métropole, même si l’on sait bien que l’effort de la collectivité en matière d’habitat, face au vieillissement, devra surtout être porté sur le maintien à domicile, l’aide à domicile, et l’adaptation des logements de manière à anticiper la dépendance. Un chantier énorme pour la décennie à venir, quand on sait que moins de 3% des logements sociaux de l’agglomération ont fait l’objet de travaux d’adaptation.