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Que nous apprend le dernier rapport de l’observatoire des inégalités ?


Aurélien Boutaud | 9 juin 2017 | Mots-clés inégalité statistique équité économie | Fils rouges chiffres

Nous avons à plusieurs reprises relayé sur ce blog les informations mises en ligne sur le site de l’Observatoire des inégalités, qui réalise depuis de nombreuses années un excellent travail de synthèse sur les injustices dans toutes leurs dimensions : économiques, sociales, environnementales ou encore de genre. La récente publication du second rapport de l’Observatoire a été l’occasion pour cet organisme de dresser un état des lieux très détaillé de la situation des inégalités en France. Un travail qui, une fois n’est pas coutume, a été assez largement repris par les médias – notamment par France Inter et par le site Internet du Monde, duquel nous avons extrait les graphiques présentés ci-après. 

Des écarts de revenus qui se creusent aux extrêmes

Comme souvent, c’est avant tout la question des inégalités de revenus qui attire en premier lieu la curiosité des médias. Il faut admettre qu’en la matière, la France n’est pas la moins bien lotie parmi les pays occidentaux. Mais malgré un système de redistribution des richesses encore bien établi dans notre pays, les inégalités de revenus sont tout de même importantes : ainsi, les 10% les plus riches s’accaparent 27,3% des revenus nationaux. A l’autre bout de l’échelle, les 10% les moins riches ne s’approprient que 2,9% de ce même gâteau. Mais surtout, la tendance est clairement à la dégradation des conditions d’équité : en 10 ans (entre 2003 et 2013) les 10% des ménages les plus pauvres n’ont vu leurs revenus augmenter que de 2,3%, alors que les 10% les plus riches voyaient leurs revenus s’accroître de 42,4 % !  

Un patrimoine de plus en plus concentré

Sans surprise, l’Observatoire des inégalités remarque que les écarts sont encore plus importants en matière de patrimoine – la richesse constituée. Cette mesure des inégalités est certes plus complexe à établir que celle relative aux revenus, mais elle est toutefois très intéressante à observer, comme l’ont montré ces dernières années les différents rapports annuels de l’ONG Oxfam au niveau mondial. En France, le patrimoine des 50% des plus démunis ne représente que 8% du patrimoine. A l’opposé, les 1% les mieux lotis disposent de 17% de la richesse nationale.    

 

Le travail, de plus en plus inégalitaire ?

Si le patrimoine est un facteur important de revenus pour une petite partie de la population, la grande majorité des ménages français voit ses revenus dépendre très majoritairement de l’accès au travail.  Ce dernier est donc sans surprise devenu un facteur d’inégalité grandissant, en particulier entre des catégories socio-professionnelles qui n’ont pas toutes subi de la même manière les effets de la mondialisation et des gains de productivité : ainsi, le chômage touche 20% des ouvriers, contre seulement 4% des cadres. Le rapport rappelle opportunément que « 70 % des chômeurs supplémentaires enregistrés entre 2008 et 2016 sont des employés ou des ouvriers ». Quant à ceux qui ont un travail, leurs conditions sont là encore très inégales : les contraintes physiques  (station debout, déplacements fréquents, vibrations, charges, etc.) ne concernent que 7% des cadres, contre 63,2% des ouvriers. Ces derniers, qui ne représentent guère plus de 20% de la population active aujourd’hui, subissent encore les deux tiers des accidents du travail. Les ouvriers de sexe masculin ont également, à l’âge de 35 ans, une espérance de vie inférieure de plus de 6 ans à celle des cadres.    

Et une foultitude d’autres vecteurs d’inégalités…

Comme à son habitude, l’Observatoire a étendu son analyse à de très nombreuses autres dimensions, dressant à chaque fois un bilan précis de la situation : inégalités entre hommes et femmes, modes de vie, logement, éducation... Et à chaque fois, le bilan se veut équilibré, faisant la part des choses entre les aspects alarmants et encourageants.

Dans le domaine de l’éducation, par exemple, l’Observatoire montre une situation certes peu reluisante, marquée par une difficulté des enfants issus des classes les moins favorisées à atteindre des niveaux d’éducation supérieure ; mais les auteurs refusent en revanche de verser dans l’alarmisme en rappelant que le système éducatif français est loin d’être le pire en la matière.

L’aménagement du territoire (encore une fois) en question

Enfin, le rapport s’achève sur un panorama des inégalités territoriales, qui nous rappelle cruellement que les dynamiques à l’œuvre sont également profondément ancrées dans les formes d’aménagement du territoire. C’est précisément ce dont nous nous sommes fait l’écho dans de récents billets du blog (ici ou encore ).

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Graphiques tirés du site Lemonde.fr