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Que nous apprennent les chiffres sur les religions en France ?


Aurélien Boutaud | 30 juin 2016 | Mots-clés statistique communauté minorité / majorité diversité citoyenneté laïcité | Fils rouges chiffres

S’il est largement médiatisé, le « retour en force du religieux » dans la société française est paradoxalement assez peu chiffré. Il faut dire que les statistiques ethniques et religieuses sont très encadrées dans notre pays. La France ne produit donc aucune donnée officielle sur la croyance des français – les rares publications de l’Insee se limitant en général à la pratique religieuse, sans mentionner de quels cultes il s’agit. C’est donc du côté des enquêtes d’opinion, des données fournies par les institutions religieuses ou encore des  études universitaires qu’il faut aller chercher pour trouver des éléments chiffrés sur ces questions.

La France, un pays peu religieux

Premier constat : la France est l’un des pays les moins religieux du Monde. C’est en tout cas ce que révélait une enquête réalisée par WIN/Gallup International en 2012. Seuls 37% des français se déclaraient alors religieux, tandis que 63% se considéraient comme non religieux ou athées. Il faut préciser que les catégories proposées sont parfois ambigües : la catégorie « non religieux » peut inclure des personnes qui appartiennent à une religion sans se vivre comme religieux, tandis que les agnostiques ne se reconnaîtront pas forcément comme « athées ». Parmi la cinquantaine de pays objets de l’étude, il est toutefois intéressant de noter que la France arrive dans le quinté de tête des nations dont les habitants se déclarent le plus athées. 

Des catholiques très largement majoritaires… mais moins fervents

Il est encore plus délicat d’établir des chiffres fiables quant à la part respective des grandes religions en France. En croisant diverses sources, Jean-Pierre Machelon estimait en 2006 que le catholicisme demeurait largement majoritaire avec 65% de français se déclarant proches de cette religion. Une religion largement dominante, mais de moins en moins pratiquée, puisque seuls 4,5% des catholiques assistent à la messe chaque semaine. (sondage IFOP-La Croix)

Puisque l’agnosticisme concerne environ 25 % des Français, cela signifie que les autres religions représentent 10% de la population. L’islam serait ainsi devenu la deuxième religion de France, avec plus de 4 millions de personnes de tradition musulmane, soit 6 % de la population en 2006 – et probablement un peu plus aujourd’hui. Ce chiffre encore faible cache toutefois une ferveur plus marquée, puisque selon l'IFOP 41 % des personnes « d'origine musulmane » se disent « croyantes et pratiquantes » (contre 16 % chez les catholiques), et 34 % « croyantes mais non pratiquantes » (57 % des catholiques).

Arrivent ensuite le protestantisme (environ 2% de la population), les chrétientés historiques (Église orthodoxe, Église apostolique arménienne et diverses Églises orientales), le judaïsme et le bouddhisme.   

Le retour du religieux, une illusion ?

Comme on le constate, les chiffres sont loin d’accréditer la thèse d’un retour en force du religieux, dans un pays qui reste dominé par les personnes se déclarant athées ou non religieuses. Le retour du religieux ne serait-il qu’une illusion ? Pas forcément. Car ces données ne nous disent que peu de choses sur la ferveur des croyances, et rien du tout sur l’influence de ces dernières sur les représentations et les comportements. Les quelques études qui ont tenté d’aborder cette dernière question nous racontent alors une toute autre histoire… comme nous aurons l’occasion de l’évoquer dans un prochain billet. 

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Source image : Win/Gallup International, repris par Le Monde