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Quelle typologie des quartiers prioritaires ?


Ludovic Viévard | 26 avril 2017 | Mots-clés pauvreté statistique politiques publiques | Fils rouges chiffres

Depuis le 1er janvier 2015, la politique de la ville a labellisé 1514 « quartiers prioritaires »* (QP) - dont 37 dans la Métropole qui remplacent les 751 zones urbaines sensibles (Zus) et les 2492 quartiers bénéficiant des contrats urbains de cohésion sociale (CUCS). L’éligibilité à l’appellation QP s’est faite selon la concentration de la pauvreté des habitants de ces quartiers. Au-delà de ce critère unique, toutes ces zones ne présentent pas le même profil, ni en termes d’insertion dans l’environnement urbain, ni en termes de cohésion sociale, ni en termes d’emploi. Pour concilier logique d’action globale et prise en compte des différences, l’Observatoire national de la Politique de la ville (ONPV) présente plusieurs typologies des QP qu’il publie dans son rapport annuel 2016, paru en avril dernier.

Cadre de vie

La première typologie dite « cadre de vie » distingue les quartiers à partir des caractéristiques de leur environnement urbain (centralité, taille de l’unité urbaine, etc.) et de la dynamique du marché du logement (part des logements sociaux, part de logements vacants, part des adresses de plus de 20 logements, date des logements). Il en ressort cinq types d’ensemble à l’intérieur desquels se répartissent inégalement les QP :

  • Les centres anciens se caractérisent par des logements majoritairement bâtis avant 1946 mais comptant peu de logements sociaux, aux cœurs d’ensembles urbains souvent de moins de 200 000 habitants. Ils regroupent 9% des habitants des quartiers prioritaires. Dans la Métropole, seul Moncey (Lyon 3e) est un QP de type – même peu représentatif de la classe – de centre urbain dégradé.
  • Les quartiers périphériques de petites adresses regroupent 8% des habitants des QP. Majoritairement situés dans des unités urbaines de plus de 200 000 habitants, ils « ont la particularité de cumuler une part importante de logements anciens (36 %) et de logements sociaux (64 %) », et seulement 10% d’adresses de plus de 20 logements. À noter qu’il n’y a pas de QP ainsi classé dans la Métropole.
  • Les trois autres catégories sont des quartiers HLM, de petites unités ou dans des quartiers périphériques ou dans des banlieues éloignées. Seules ces deux dernières catégories, qui regroupent plus de 55% des QP de France, concernent la Métropole de Lyon. Proches de la ville-centre mais éloignés de la mairie de leur commune, les quartiers HLM périphériques concentrent 36 % des habitant des QP. Ils se caractérisent également par une forte proportion de logements sociaux et beaucoup d’adresses de plus de 20 logements. Les Cités sociales Gerland (7e), Mermoz (8e), Moulin à Vent (8e), États-Unis Langlet Santy (8e), la Duchère (9e) ou le Vergoin (9e), la Saulaie (Oullins), Terraillon-Chenier (Bron), Bellevue (Saint-Priest), Bel Air-Les Brosses et Saint-Jean (Villeurbanne) sont les QP les plus représentatifs de cette classe. Quant aux QP des banlieues éloignées, qui regroupent 30 % des habitants des quartiers prioritaires, leurs caractéristiques sont proches mais diffèrent surtout par une augmentation de l’éloignement du centre (33 minutes en moyenne, contre 16 minutes pour les quartiers HLM périphériques). Dans cette classification, on trouve Prainet (Décines), les plaines (Givors), la Source (Neuville-sur-Saône), Bel Air (Saint-Priest) ou encore les Hautes Roches (Pierre-Bénite) et Duclos-Barel (Vénissieux).

Il faut enfin noter que pour cette typologie, comme pour les autres, l’appartenance à une classe est plus ou moins forte. La carte ci-dessous fait ainsi apparaître les différents QP de la Métropole de la classe « cadre de vie » selon qu’ils collent parfaitement ou non aux indicateurs de cette classe.

Cohésion sociale

La seconde typologie est celle de la « cohésion sociale ». Elle repose sur des indicateurs objectivant le quartier (distance des services publics, mixité scolaire, part des étrangers, écart de taux d’emploi entre hommes et femmes et part des ménages de plus de 6 personnes) et son environnement (part de la population de la commune en politique de la ville, écart du taux de pauvreté entre le quartier et l’EPCI, écart entre l’évolution des revenus entre le quartier et l’EPCI). L’ONPV distingue quatre classes :

  • Les quartiers intégrés dans un environnement mixte, qui constituent la classe la plus importante et regroupent 30% des habitants des quartiers prioritaires.  Si ces quartiers bénéficient de l’environnement dans lequel ils sont intégrés, notamment d’une certaine mixité scolaire, les écarts de taux de pauvreté entre ceux-ci leur EPCI restent importants et les écarts de revenus se creusent depuis 5 ans. Dans la Métropole on compte notamment Moncey, Sœurs Janin (Lyon 5e), La Source, Loucheur – Gorge de Loup (Lyon 9e), les Collonges (Saint-Genis-Laval), le Tonkin et Monod (Villeurbanne).
  • Les petits quartiers en grande précarité qui se fondent dans leur environnement, regroupent 11 % des habitants des quartiers prioritaires et renvoient à des ensembles moins peuplés que les autres QP (2 200 habitants contre 3 750 habitants en moyenne). « Ces quartiers se caractérisent par une certaine continuité avec leur environnement, environnement moins favorisé que dans le cas des quartiers intégrés ». Seul le Vallon, à Grigny, est classé dans cette catégorie.
  • Les quartiers ségrégués bénéficient d’un environnement plutôt favorable (faible part de population en politique de la ville, présence d’équipements, etc.). « En revanche, l’écart du taux de pauvreté entre le quartier et l’EPCI est très important (il est de 41 points, contre 36 points en moyenne dans les QPV), de même que l’écart de taux d’emploi entre les femmes et les hommes. » Un manque de porosité entre les lieux d’habitation se constate donc, ainsi qu’une aggravation de la situation puisque « les écarts entre les quartiers ségrégués et leur environnement ont tendance à s’accentuer fortement : ces cinq dernières années, la variation des revenus de ces quartiers a été de six points inférieure à celle des EPCI dans lesquels ils se situent, contre quatre points pour les quartiers prioritaires en général ». On trouve ici plusieurs quartiers de la Métropole comme Mermoz, Bellevue, Saint-Jean, Parilly (Bron) ou les Vernes (Givors).
  • Les grands quartiers défavorisés regroupent 29 % de la population des QP et sont des grands ensembles urbains implantés dans des communes défavorisées où 45 % de la population est en politique de la ville (contre 22 % en moyenne). « Du fait du poids important de ces quartiers prioritaires au sein de l’EPCI, l’écart du taux de pauvreté entre les grands quartiers défavorisés et leurs EPCI est faible, et l’évolution des revenus du quartier est semblable à celle des revenus de l’EPCI. » On trouve ici Grande-Île et Sud (Vaulx-en-Velin), Duclos-Barel, les Minguettes-Clochettes (Vénissieux), et Givors centre.

Emploi

La dernière catégorie concerne l’emploi. Elle est établie, comme les précédentes, à partir d’indicateurs du quartier (taux d’emploi, part des ménages recevant au moins une allocation chômage, part des emplois précaires) et de l’environnement (part de la population de la commune en politique de la ville, écart entre le taux d’emploi du quartier et celui de la zone d’emploi, évolution de l’emploi dans la zone d’emploi depuis 5 ans rapporté à la population, part de l’emploi dans l’industrie dans la zone d’emploi). L’ONPV distingue trois classes :

  • Les quartiers qui profitent d’un environnement dynamique sont les quartiers où les indicateurs sont plus favorables que dans les autres : taux d’emplois plus élevé, part d’emplois plutôt stable et emplois précaires moins représentés. Significatif de cette classe, Loucheur-Gorge de Loup, Duclos-Barel et Garibaldi (Saint-Priest), mais aussi Sœurs Janin et Moulin à Vent.
  • Les 33% des habitants concernés par les quartiers en décrochage ne bénéficient pas de l’environnement favorable de leurs zones urbaines d’implantation où l’emploi a augmenté depuis 5 ans. Le taux d’emplois y est faible et l’emploi précaire plus important qu’ailleurs. Dans la Métropole, le Prainet est l’exemple le plus représentatif. Viennent ensuite Le Mathiolan (Meyzieu), Parilly, les Vernes, Grande-Île, les Minguettes et les Buers Nord (Villeurbanne).
  • Les quartiers en difficulté dans un environnement industriel sont les quartiers où l’emploi est fortement lié à l’industrie. Très touchés par la crise économique, les habitants de ces QP souffrent davantage du chômage et de la précarité que les autres.

Mieux dessiner l’action publique ?

Pour la première fois, grâce à ces indicateurs, il est possible de mieux approcher la diversité de situations des QP. De plus, le croisement des trois classes permet de dresser le portrait-robot d’un quartier. Par exemple, Mermoz est un important quartier HLM situé en périphérie de la centre-ville, mais dispose cependant d’équipements propres à proximité. Il est relativement ségrégué, c’est-à-dire que les habitants bénéficient peu de l’environnement plus favorable à leur quartier et est marqué par un léger décrochage économique. La question posée est de savoir si, au-delà des connaissances que les typologies produisent - qui restent cependant assez larges -, celles-ci pourront permettre de mieux définir l’action publique et d’adresser des programmes plus ciblés. Le rapport de l’ONPV annonce que ce premier travail « pourra permettre, par la suite, d’éclairer d’autres travaux sur des thématiques spécifiques ». À suivre, donc.

* À noter que les données sont détaillées zones par zones et accessibles depuis le site internet « Système d'information géographique de la politique de la ville » du Ceget. Il permet de visualiser l’emprise des quartiers prioritaires et fourni des données statistiques sur les revenus des habitants, les classes d’âges, la part des familles monoparentales, etc.