Vous êtes ici :

Quelques chiffres sur les aidants... ces grands inconnus


Nous avons vu dans un précédent billet que les données officielles sur les travailleurs sociaux n’étaient pas faciles à établir, tant les professions potentiellement concernées sont d’une grande diversité. Mais force est de constater qu'on en sait encore moins sur ceux qui accompagnent bénévolement les personnes en difficulté. C’est pour cette raison que la Fondation April et le BVA ont organisé en 2015 et 2016 une vaste enquête auprès d’environ 2000 individus afin d’en savoir un peu plus sur ces millions de Français qui œuvrent dans l’ombre et au quotidien pour accompagner leurs proches.

Un terme peu connu pour une situation qui concerne pourtant 21% de la population

Le BVA et la Fondation April proposent de définir les aidants comme des « personnes qui apportent régulièrement et bénévolement une aide à un proche qui est malade, en situation de handicap ou dépendant (par exemple un soutien moral, une aide pour les activités élémentaires de la vie quotidienne, pour les soins, l’organisation des relations avec les professionnels de santé...). » Le premier constat de l’enquête concerne précisément la faible notoriété du terme : en effet, en 2015, 72% des personnes interrogées n’avaient jamais entendu ce terme – et 8% connaissaient le terme sans pouvoir le définir précisément. Ne restent donc que 20% de personnes capables de donner une définition correcte du terme.

Ce chiffre (qui n'a pas beaucoup évolué en 2016) est d’autant plus faible que, lorsqu’ils sont interrogés sur leur situation personnelle, 21% des Français s’avèrent être eux-mêmes des aidants. La notoriété du terme s’avère d’ailleurs à peine plus élevée parmi les aidants, qui sont seulement 26% à se considérer comme tels. A l'instar de Monsieur Jourdain faisant de la prose à son insu, ils sont aidants sans le savoir eux-mêmes. 

L'aidant type a plus de 50 ans et aide un membre de sa famille

Parmi les aidants, on trouve 56% de femmes. Mais c’est surtout l’âge qui semble un déterminant plus important, puisque 55% des aidants ont plus de 50 ans (actifs ou retraités). La situation se comprend d’autant mieux que dans 87% des cas, les personnes aidées sont des membres de la famille des aidants ; ce qui peut bien entendu comprendre des enfants ou de jeunes adultes (par exemple dans des cas de handicap) ; mais dans 49% des cas, l’aidant accompagne toutefois un proche en situation de dépendance due à la vieillesse. Enfin, on notera que 67% des aidés vivent encore chez eux, tandis que 21% vivent chez l’aidant (et 18% en institution). Autant de caractéristiques qui aident à dresser le portrait d’un aidant type, qui serait « une femme, âgée de 50 à 64 ans (…) aidant une seule personne vivant à son propre domicile, principalement en lui apportant un soutien moral et une aide pour les activités domestiques. Ce proche est généralement un membre de la famille de l’aidant, et en situation de dépendance due à la vieillesse. »  


Les effets négatifs sur les aidants appellent davantage de considération et de soutien

Enfin, une partie de l’enquête cherche à explorer les effets de la tâche d’aidant sur ceux qui la pratiquent. Les principaux effets négatifs cités par les aidants touchent à la qualité du sommeil (pour 24% d’entre eux), le moral (24%), la vie sociale et les loisirs (23%), ou encore la santé (19%). Les principales difficultés rencontrées sont le manque de temps (pour 33% des aidants), les démarches administratives (27%), la fatigue physique (25%) et le manque de ressources financières (23%). Si elle a des effets négatifs pour ceux qui la pratiquent, l’aide est en revanche jugée très utile par la plupart des français, qui considèrent à 83% que le rôle d’aidant n’est pas assez reconnu par les pouvoirs publics. C’est alors une aide matérielle qui est  avant tout sollicitée par les aidants (pour 39% d’entre eux), ainsi qu’un soutien psychologique (30%), une meilleure coordination des acteurs (28%) voire même un statut social adapté (qui est souhaité par 25% des aidants).    

Enfin, le baromètre montre que 95% des Français estiment que le rôle des aidants sera important à l'avenir, notamment pour faire face au vieillissement de la population. Mais si la majorité des Français se dit préoccupée par le sujet, ils sont en revanche peu nombreux à prendre des dispositions pour faire face à leur éventuelle dépendance – pour laquelle ils comptent encore en grande partie sur la collectivité.