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Religiosité et radicalité : deux notions différentes


Ludovic Viévard | 30 septembre 2016 | Mots-clés statistique communauté | Fils rouges conflits de normes

[Cet article est la suite d'un premier billet à lire ici]

Un islam français est possible, l’enquête de Hakim El Karoui pour l’Institut Montaigne - dont nous avons déjà rendu compte dans ce blog -, s’intéresse aux valeurs des musulmans de France. Il semble confirmer un point intéressant qui a été peu relevé : les marqueurs de la religiosité que sont le voile et la nourriture halal ne sont pas des marqueurs de la radicalité. Comment mettre en relation marqueurs de la religiosité et radicalité religieuse ? Explications.

Radicalité : une notion floue qui traduit hostilité et volonté de rupture

Dans l’enquête, les termes « radicalité », « radicalisation », etc., sont utilisés sans être définis. Les auteurs ont d’ailleurs conscience de cette difficulté puisque dans un article du Monde, Antoine Jardin explique qu’il « ne s’agit pas d’un concept scientifique rigoureux ». Ils lui ont préféré ceux d’autoritaires, conservateurs, rigoristes. Ces termes désignent un groupe de 28% de musulmans « qui ont adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République », dont certains qualifiés de « sécessionnistes ». Ils se caractérisent par des références à des discours extrêmes, des comportements d’isolement, allant jusqu’à la rupture.

Des marqueurs de la religiosité très largement partagés

Quant aux marqueurs de la religiosité, ils peuvent être définis comme des prescriptions cultuelles qui s’imposent avec force à des coreligionnaires et qui constituent ainsi des normes largement partagées. On peut en retenir deux, listés dans l’enquête : le port du voile et la nourriture halal. Ainsi, « 65 % des musulmans – de religion ou de culture – se déclarent favorables au port du voile » et 60% pensent que collégiennes et lycéennes devraient pouvoir le porter à l’école. Mais surtout, 70 % d’entre eux disent « toujours » acheter de la viande halal, 22 % « parfois » et 80 % pensent que « les enfants devraient pouvoir manger halal dans les cantines scolaires ». Pour Hakim El Karoui, le halal est une « façon d’être au-monde islamique ».

Un signe de la difficulté à articuler les nomes

On le voit, dans l’enquête en tout cas, ces deux notions ne se superposent pas. Les deux marqueurs de la religiosité que sont le voile et la nourriture halal sont validés par une écrasante majorité des musulmans, beaucoup plus large en tout cas que la part des musulmans dits « autoritaires ». Si l’on suit les conclusions de l’enquête, l’attachement au halal et le souhait d’en trouver dans les cantines, par exemple, ne traduit pas nécessairement une hostilité à la laïcité ou aux valeurs de la République. Il exprime seulement la difficulté d’articuler les différentes normes, puisque beaucoup de musulmans, sans remettre la laïcité en cause, voire en y étant attachés, estiment normal que les enfants puissent respecter cette prescription religieuse lorsqu’ils sont à l’école.