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Retour sur une enquête de l’IPSOS à propos des jeunes aidants


Aurélien Boutaud | 9 novembre 2017 | Mots-clés Travail social statistique vulnérabilité jeunes handicap vieillissement engagement accompagnement | Fils rouges chiffres

Au cours des derniers mois, nous avons essayé d’explorer à plusieurs reprises les effets plus ou moins prévisibles du vieillissement de la population sur la capacité de la société à accompagner les personnes les plus âgées et/ou handicapées. Et il semble que beaucoup se joue en la matière entre, d’un côté, les capacités des aidants à accompagner leurs proches à rester chez eux et, de l’autre, celle des EHPAD ou autres établissements spécialisés à accueillir les personnes qui ne peuvent plus continuer à vivre à domicile. Si on connaît de mieux en mieux le profil des aidants – le plus souvent des femmes de plus de cinquante ans – certains restent toutefois dans l’ombre des statistiques. C’est particulièrement le cas des jeunes aidants, qu’une récente étude de l’IPSOS a tenté de mieux connaître.

Des tâches variées qui prennent du temps

L’étude de l’IPSOS définit un jeune aidant comme « un enfant, adolescent, ou jeune adulte de moins de 25 ans qui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à un membre de son entourage proche qui est malade, en situation de handicap ou de dépendance. » Si elle ne fournit pas d’estimations sur le nombre de personnes concernées en France, l’enquête a toutefois le mérite de nous apprendre à mieux connaître ce public. Ainsi, parmi les 501 personnes interrogées, l’âge moyen auquel l’aide a commencée est de 17 ans. Plus de la moitié de ces (parfois très) jeunes personnes accompagnent leur mère, 15% un frère ou une sœur et 14% leur grand mère.  Cette aide peut prendre de nombreuses formes : 61% des personnes interrogées déclarent apporter une aide morale, 51% gèrent certains aspects de la vie quotidienne (courses, ménages), 43% s’occupent de prendre en charge une partie des soins médicaux (pharmacie, suivi médical, etc.). Enfin, 20% d’entre eux vont jusqu’à apporter une aide plus intime comme la toilette, l’habillement. Pour les trois quarts de ces jeunes aidant, ces tâches prennent plus d’une heure par jour en semaine. Pour 36%, ce temps peut même dépasser les deux heures quotidiennes.

Un appui qui pèse sur le quotidien des jeunes aidants

La presque totalité des jeunes aidants considèrent que ces tâches comportent des aspects bénéfiques pour la construction de leur identité. Mais ce travail pèse toutefois lourdement sur certains aspects de leur quotidien.  Un tiers des jeunes aidants avoue avoir été absent à l’école au moins une fois au cours des trois derniers mois à cause des tâches effectuées. Un peu plus de la moitié estiment ne pas pouvoir profiter suffisamment de leur jeunesse, et 47% se disent gênés par le regard des autres (par exemple, 46% évitent de faire venir leurs amis chez eux). Mais si vie scolaire et vie sociale sont impactées, ce sont avant tout les effets sur leur santé dont les aidants se plaignent le plus. Trois quarts des jeunes aidants se déclarent fatigués, 61% ont du mal à dormir. 60% d’entre eux souffrent même du dos ou des bras.

 

Quelques pistes de soutien attendues

S’ils rechignent pour la plupart à parler de leur situation ou à se plaindre, 46% des jeunes aidants ne sont toutefois pas opposés à ce qu’un appui leur soit apportée. Parmi les suggestions qu’ils font, trois catégories d’actions se détachent : les échanges avec d’autres jeunes aidants, l’appui d’une aide familiale et, enfin, l’accompagnement de l’école ou de l’université. Autant de pistes qui semblent intéressantes à creuser pour les acteurs publics.