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Un nouveau baromètre au service de la cohésion des territoires


Aurélien Boutaud | 3 janvier 2018 | Mots-clés inégalité statistique chômage cohésion sociale politiques publiques économie | Fils rouges chiffres

L’unité territoriale de la France métropolitaine est-elle en train de voler en éclat ? Le dynamisme de certaines métropoles se fait-il au détriment des petites villes et des espaces ruraux ? Cette fracture est-elle réelle ou fantasmée ? La réforme territoriale renforce-t-elle ces tendances ? Ces questions ne sont certes pas nouvelles et nous avons d’ailleurs eu l’occasion de les aborder à plusieurs reprises dans ces colonnes. Force est de constater toutefois qu’elles préoccupent de plus en plus les acteurs publics. C’est la raison pour laquelle le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) et l’Assemblée des communautés de France (AdCF) ont décidé de mettre en place un « baromètre au service de la cohésion des territoires », dont le premier opus a récemment été rendu public lors de la seconde conférence nationale des territoires. L’occasion de revenir sur quelques tendances lourdes des deux dernières décennies. 


Des métropoles qui semblent gagnantes sur bien des points…

Comme le remarque Sybille Vincendon à la lecture du rapport, les métropoles semblent les grandes gagnantes des processus de transformation du territoire national au cours des dernières décennies : « elles concentrent les emplois les plus qualifiés, attirent les cadres de l’économie de la connaissance, les établissements d’enseignement supérieur et, logiquement, les jeunes et les étudiants. » Ce sont donc elles qui attirent le plus de population, du fait notamment de leur capacité à transformer la croissance économique qu’elles parviennent à attirer sur leurs territoires en emplois. Et le phénomène s’est accéléré : les auteurs du rapport notent par exemple que « la polarisation du développement économique autour d’un nombre limité de grandes villes est de plus en plus visible. (…) Le dynamisme de l’emploi des grandes aires urbaines (…) a été particulièrement fort sur longue période (…), et plus encore pendant la crise (+0,7 % en moyenne entre 2007 et 2012, contre -0,4 % dans les aires urbaines de 15 000 à 25 000 habitants). »

…mais qui connaissent également des problèmes de croissance

Ce dynamisme des métropoles cache en réalité des aspects moins reluisants. Tout d’abord parce que les métropoles sont les endroits où se concentrent les plus fortes inégalités, caractérisées par de nombreuses poches de pauvreté – typiquement représentées par les quartiers prioritaires de la politique de la Ville où se cumulent bien souvent toutes les difficultés économiques et sociales. Une situation d’inégalités que les auteurs résument en rappelant que 77 % des pauvres vivent dans les grands pôles urbains, où ils sont globalement plus pauvres qu’ailleurs… tandis que les riches y sont plus riches.

L’autre conséquence malheureuse de cette attractivité des métropoles est que les prix de l’immobilier y sont particulièrement élevés, ce qui créé un exode vers la périphérie. Ces espaces périurbains sont aujourd’hui « les plus dynamiques en termes de population et d’emploi ». Ils connaissent des difficultés (liées par exemple à la dépendance économique vis-à-vis des centres urbains ou encore à l’accessibilité de ces derniers par le biais des transports) mais, « loin des clichés, les couronnes périurbaines apparaissent relativement plus égalitaires » que les autres territoires.

Le déclin du milieu rural et des petites et moyennes villes

Par opposition, une partie du milieu rural connaît un net déclin économique et démographique. Ces zones se caractérisent par une accessibilité aux services du quotidien bien moins bonne qu’ailleurs et, surtout, qui tend à se dégrader. Au sein de ces zones à tendance rurale, les petites et moyennes villes, « qui constituaient des centralités déterminantes pour leur environnement – concentrent désormais des difficultés qui mettent en cause leur capacité à former l’armature de leur territoire : chute démographique, dévitalisation commerciale, forte perte d’emplois, etc. »

Plus globalement, de fortes inégalités régionales subsistent

Enfin, le rapport termine cette partie d’état des lieux en soulignant que le prisme « métropoles vs périphéries » ne dit pas tout de la situation de la France métropolitaine, loin s’en faut. Les situations de ces différents espaces sont en réalité très hétérogènes selon les régions. Le centre et le quart nord-est cumulent davantage de difficultés, tandis qu’un arc occidental et méridional connaît au contraire une certaine vitalité. Et même parmi les métropoles, les dynamiques ne sont pas partout les mêmes. Comme le résume parfaitement Sybille Vincendon, tandis que « Lyon, Nantes, Marseille, Bordeaux et Rennes tirent le développement de leur périphérie, Lille, Toulouse et Montpellier croissent pour elles-mêmes. Grenoble et Strasbourg se développent moins que leurs banlieues. Quant à Rouen et Nice, elles ne réussissent pas plus que leurs territoires riverains, qui eux-mêmes ne vont pas fort. »

C’est donc sur la base de cet état des lieux que le gouvernement entend construire sa politique de cohésion territoriale. La seconde partie du baromètre esquisse ainsi des pistes de priorités donnant lieu à des indicateurs de suivi qui seront réactualisés chaque année, et qui touchent aussi bien au développement des territoires, aux inégalités, au développement soutenable, au capital social ou encore au cadre de vie. Nous aurons donc probablement l’occasion d’y revenir.