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Y a-t-il une crise du bénévolat ?


Sylvie Mauris Demourioux | 13 juin 2016 | Mots-clés jeunes cohésion sociale engagement | Fils rouges publics exclus

22 000 personnes ont répondu à l’appel à bénévoles lancé par l'UEFA pour le Championnat d'Europe de football 2016 ! 6500 bénévoles participent finalement aux 51 rencontres que compte le championnat : missions d’accueil, d’information, d’orientation, de transport, d’animation, de sécurité auprès du public, des medias ou des professionnels ou missions techniques au sein des différents pôles (logistiques, diffusion, etc.). Une mobilisation massive qui dépasse largement le simple engouement des amateurs de football : seuls 36% des bénévoles déclarent jouer au foot et très peu sont licenciés de clubs. Le foot fait moins rêver : selon un récent sondage Ifop, seuls 1/3 de Français se disent intéressés par l'Euro 2016 et plus globalement par le football, confronté dans sa pratique amateur à une crise préoccupante de l’engagement bénévole (cf. dossier d’investigation de footeo). 

Les motivations sont donc ailleurs. Pour Julia, Anondo, Rocio et bien d’autres, ce sont les rencontres humaines et culturelles que permet un tel événement festif international. Certains, comme Jean-Louis ou Benoit, y voient aussi une opportunité pour engranger de l’expérience professionnelle. Et la plupart, à l’instar de Quitterie, Danitza ou Mohammed, viennent y accomplir leur idéal altruiste : donner à autrui de son temps, de son énergie et ses compétences sans autre contrepartie que l’espoir de contribuer à rendre le monde meilleur, de promouvoir le pouvoir pacificateur du sport ou encore pour le plaisir de rencontrer d’autres personnes partageant cette philosophie de l’engagement collectif. Bon nombre des bénévoles n’en sont pas à leur coup d’essai cumulant une précédente participation à de grands événements religieux, culturels, sportifs (jeux olympiques, coupes du monde) et un engagement plus ou moins régulier auprès d’associations sportives, caritatives, environnementales, etc.

Cet engouement, qui pourrait paraître singulier, illustre finalement le constat récurrent fait par France Bénévolat dans ses enquêtes, que vient confirmer celle de janvier dernier sur l'engagement bénévole associatif en France de 2010 à 2016. Malgré les discours sur l’individualisme et l’égoïsme des français, il n’y a pas de crise du bénévolat. La France serait même la championne européenne de l'engagement citoyen ! Ainsi près de 40% des Français sont engagés auprès d’associations (87% des associations fonctionnent uniquement avec des bénévoles), d’organisations autres (politique, religieuse, syndicale, municipale...) ou directement dans des solidarités de proximité. Cette dernière forme a connu une très forte hausse entre 2010 et 2013, attirant davantage les jeunes et les personnes moins diplômées et s’est ralentit depuis, tandis que le bénévolat associatif et l’engagement régulier continuent leur progression, lente mais sûre (+16.8% d’engagés depuis 2010). Il y a donc un décalage certain entre pratiques réelles et représentations. Curieusement, si 64% des Français se pensent altruistes, ils sont tout aussi nombreux à penser que les autres ne le sont pas !

Autre constat : l’âge des bénévoles rajeunit. Ainsi pour l’Euro 2016, même si le bénévole le plus âgé a 81 ans, 64% ont entre 18 et 34 ans. Globalement, le taux d’engagement des 15-35 ans a progressé de près de 34% depuis 6 ans montrant que « […] les jeunes sont généreux et solidaires, sous réserve que les associations sachent leur ouvrir leur porte et les convaincre qu’un bénévolat structuré par des projets associatifs de qualité est plus efficace que la seule générosité spontanée. » (La situation du bénévolat en France en 2013, France Bénévolat). Contrairement aux idées reçues, ce sont les retraités qui marquent le pas, davantage sollicités par les solidarités familiales, cumulant plus fréquemment emploi et retraite et voulant profiter du temps retrouvé pour eux.

Evolution du bénévolat par secteurs© France Bénévolat

Enfin, on constate un rééquilibre de l'engagement dans les divers secteurs qui profite notamment aux actions en faveur de la jeunesse et de l'éducation populaire, même si le social caritatif, le sport et les loisirs ont toujours la primauté !