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Logement d’abord : changer les façons de répondre au sans-abrisme


Ludovic Viévard | 19 juillet 2019 | Mots-clés droits insertion logement politiques publiques | Fils rouges publics exclus politiques publiques

En octobre 2018, le gouvernement français lançait Le plan quinquennal pour le logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme (dit « plan Logement d’abord »). Cette réforme structurelle de l’accès au logement qui repose sur la mobilisation de tous les acteurs a pour ambition de diminuer de manière significative le nombre de personnes sans domicile d’ici 2022. En mars dernier, 23 territoires de mise en œuvre accélérée du plan ont été sélectionnés, dont la Métropole de Lyon.

Le logement d’abord, housing first, c’est quoi ?

Le principe du logement d’abord consiste à inverser la logique d’action d’aide aux personnes sans domicile fixe en considérant que le logement stable est une condition nécessaire pour qu’elles puissent se projeter dans l’avenir. L’accès au logement ne doit donc pas être conditionné par diverses formules d’hébergements temporaires préalables mais est affirmé comme un droit et un prérequis qui augmente l’efficacité de l’accompagnement des personnes. Bien sûr, du logement indépendant dans le diffus à la pension de famille, le type de logements peut varier pour prendre en compte les spécificités des besoins des personnes. Mais le principe qui porte bien son nom demeure le même : un logement d’abord. Le concept – qui a émergé aux États-Unis dans les années 1990 sous l’appellation de housing first – s’appuie sur le constat de la relative inefficacité des politiques traditionnelles. De fait, en France, bien que le nombre de places d’hébergement d’urgence ait augmenté de 75% depuis 2012, il reste insuffisant. Mais, surtout, le logement d’abord permet, mieux que les programmes traditionnels, le maintien dans le logement (voir les données du Guide sur le logement d’abord en Europe, 1.4) des personnes souvent fragiles et confrontées à des problématiques de vie complexe (troubles psychiques, dépendances, etc.). C’est la stabilité que leur donne le logement d’abord qui est l’une des raisons de l’efficacité de l’accompagnement.

 

Infographie tirée du site internet du Parti vert du Canada

De l’expérimentation au déploiement en France

En Europe, de nombreux pays ont expérimenté puis étendu les programmes de type logement d’abord. La France a suivi le même chemin. Après des phases d’expérimentation / évaluation du programme Un Chez soi d’abord (2011-2016), à Lille, Paris, Toulouse et Marseille, sous la direction de la DIHAL, la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement, en charge de la stratégie nationale de lutte contre le sans-abrisme, le logement d’abord a fait l’objet d’un Plan quinquennal pour le logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme 2018-2022, annoncé par le Président de la République le 11 septembre 2017. « Cette politique se fonde sur les besoins de la personne tels qu’elle les exprime, afin d’adapter les dispositifs à ces besoins plutôt que l’inverse. Le Logement d’abord réaffirme la valeur de la parole et du choix de la personne accueillie et accompagnée. Il s’agit de faire confiance à la personne et travailler avec elle sans délai son projet d’accès au logement, en s’appuyant sur ses compétences et en prévenant les difficultés » (idem). Cette rupture de paradigme passe par 5 priorités :

  1. Produire et mobiliser plus de logements abordables et adaptés aux besoins des personnes sans domicile
  2. Promouvoir et accélérer l’accès au logement et faciliter la mobilité résidentielle des personnes défavorisées
  3. Mieux accompagner les personnes sans domicile
  4. Prévenir les ruptures dans les parcours résidentiels et recentrer l’hébergement d’urgence sur ses missions de réponse immédiate et inconditionnelle
  5. Mobiliser les acteurs et les territoires pour mettre en œuvre le principe du Logement d’abord

Une mise en œuvre accélérée par la Métropole de Lyon

Dès 2017, la Métropole de Lyon s’est positionnée pour répondre à l’appel à manifestation d’intérêt "Territoires de mise en œuvre accélérée du plan quinquennal Logement d’abord" (AMI LDA) publié par la DIHAL. Sélectionnée avec 24 autres territoires, la Métropole de Lyon bénéficiait d'un budget prévisionnel de 1,5 millions d’euros la première année, dont plus de 1 million d’euros alloués par l’État. L’enjeu est de « réduire le nombre de personnes sans domicile et d'améliorer durablement les conditions et perspectives de vie de ces personnes, en privilégiant les solutions logement et en transformant les pratiques d’accompagnement ». (Plan quinquennal pour le logement d'abord, Métropole de Lyon).

Un projet global qui s’articule aux politiques publiques du territoire

Si la Métropole s’est engagée dans ce projet, c’est qu’elle y a vu une « occasion d’actualiser ses politiques de solidarité [et] de les mettre en cohérence selon une logique moins segmentée que ce qu’imposaient les contours institutionnels précédents » (Conseil du 17 septembre 2018, Délibération n° 2018-3028 du Conseil métropolitain). De fait, la mise en œuvre du programme Logement d’abord s’inscrit dans la continuité du Projet métropolitain des solidarités. Mais si les politiques métropolitaines sont évidemment concernées, les acteurs locaux intervenant en matière de logement, de santé ou d’hébergement d’urgence sont également parties prenantes, Préfecture du Rhône et l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes en tête. L’enjeu est de compléter les actions engagées directement par la Métropole en mobilisant des porteurs de projets autour d’une ligne commune et partagée.

Des mesures concrètes à court terme

L’appel à manifestation d’intérêt propose un soutien financier sur deux ans avec pour objectif de produire des effets à cinq ans dans la transformation de l’offre de logement et les pratiques. L’effort doit en particulier se porter sur l’augmentation de l’offre de logement (dont 350 logements privés à usage social, doublement du nombre de pensions de familles, 500 places en habitat groupé, etc.). Il doit également cibler les jeunes sans domicile et sans ressources, l’accompagnement emploi/logement des familles à la rue proches de l’emploi, l’évitement des expulsions et des ruptures de prise en charge en sortie d’institution (ASE, hôpital psychiatrique, prison). Autre des objectifs est de transformer en profondeur des pratiques des métiers de l’accompagnement. C’est la raison pour laquelle une « task force » d’appui au développement du logement d’abord est mise en place qui pourra être saisie par les opérateurs et avec pour mission de « souffler sur les braises du logement d’abord, si le concept tend à s’assoupir, à s’évaporer ou à se stéréotyper, chez les opérateurs et les institutions impliquées » (Fiche de mise en œuvre Logement d’abord, Métropole de Lyon).