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Accompagnement des bénéficiaires du RSA vers l’emploi (1) : accélérer l’orientation vers les parcours d’insertion ?


Boris Chabanel | 29 novembre 2018 | Mots-clés chômage accompagnement | Fils rouges emploi & insertion

Dans le cadre de la préparation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté présentée en septembre dernier, le Premier ministre a missionné une parlementaire et un président de Conseil Départemental pour conduire une réflexion particulière sur l’accompagnement vers le retour à l’emploi des bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (BRSA). Reposant sur une série d’auditions, de rencontres, de contributions et d’expériences concrètes, leur rapport met en avant plusieurs convictions, constats et propositions d’évolution.

Au registre des finalités, les auteurs réaffirment l’objectif structurant du RSA : considérant que l’allocation RSA est un filet de sécurité qui protège le bénéficiaire contre la grande pauvreté sans pour autant lui permettre de sortir de la précarité monétaire, professionnelle et sociale, le retour à l'emploi le plus rapide possible demeure un objectif central. Ils complètent en affirmant vouloir « faire du travail et de l’accès à un emploi digne et durable un fondement solide de notre société » et « croire en l’employabilité de chacune et chacun ». L’ambition n’est donc pas seulement de permettre l’accès de tous à l’emploi, encore faut-il que cet emploi soit digne et durable. Ce qui soulève plusieurs questions : les emplois proposés sur le marché du travail sont-ils nécessairement dignes et durables ? permettent-ils toujours de sortir de la précarité monétaire, professionnelle et sociale ? ces emplois sont-ils en nombre suffisant au regard du nombre de personnes sans emploi ou à la recherche d’un emploi de meilleure qualité ? Toutes ces personnes sont-elles en mesure d’accéder à ces emplois ?...

Le rapport promeut plusieurs grands principes dans la manière d’orienter l’accompagnement des BRSA vers l’emploi. Nous soulignons dans ce billet celui consistant à réduire le délai entre la demande de RSA et le début de l’accompagnement pour permettre aux allocataires de se projeter dans l’emploi et dans une sortie la plus rapide possible du dispositif. En effet, les auteurs constatent que six mois après leur demande de droits au RSA, 40 % des bénéficiaires ne sont toujours pas accompagnés ; ils sont encore 13 % au bout de deux ans. Le rapport préconise ainsi d’assurer un premier entretien diagnostic et d’orientation dans les huit jours suivant la demande de droits RSA.

Pour ce faire, deux dispositifs ont retenu l’attention des rapporteurs.

  • Le premier est celui des Entretiens Giratoires expérimentés depuis janvier 2018 par la CAF et de le département de l’Héraut : en un seul rendez-vous, l’agent de la CAF assure l’ouverture de droit, le diagnostic des difficultés, l’évaluation de la situation de la personne, la signature du contrat CER et l’orientation ensuite vers le partenaire le plus adéquat. De plus, un outil de prise en charge des rendez-vous immédiatement avec un organisme le mieux adapté pour son accompagnement vers l’emploi et l’insertion a été mis en place. Résultat, le délai de mise en parcours socio-professionnel est passé de 94 jours à 33 jours en moyenne, et les réorientations entre les parcours ont diminué.

 

  • Le second est le dispositif d’orientation CORSA mis en place dans les Alpes-Maritimes. Une quinzaine de conseillers, répartis dans trois lieux d’accueil en accès facilités (lieux bien desservis par les transports en commun), ont reçu lors de la première année 10 000 nouveaux bénéficiaires pour un entretien d’une heure afin de les écouter puis de les orienter vers l’accompagnement qui leur convient. Bilan au bout d’un an, orientation de 100% des bénéficiaires dans un délai inférieur à trois semaines (contre trois mois avant le CORSA), 75% des entrants demandent un accompagnement vers l’emploi (contre 50% lorsque l’orientation est réalisée via un algorithme).

Sur un territoire comme la Métropole de Lyon où les entrées dans le dispositif RSA se comptent en milliers de personnes chaque mois, l’accélération du processus d’ouverture des droits et d’orientation vers un parcours d’insertion constitue un défi de taille.