Vous êtes ici :

Accompagnement des bénéficiaires du RSA vers l’emploi (2) : porter l’attention sur les capacités des personnes plutôt que sur leurs difficultés ?


Boris Chabanel | 29 novembre 2018 | Mots-clés chômage accompagnement | Fils rouges emploi & insertion

Ce billet revient sur les préconisations du rapport « L’accompagnement des bénéficiaires du RSA » remis en aout dernier au 1er ministre par la député des Bouches du Rhône Claire Pitollat et le président du Département de Meurthe et Moselle Mathieu Klein. Fondé sur de nombreuses rencontres et expériences de terrain, ce rapport met en avant plusieurs principes d’intervention visant à renforcer l’efficience de la politique d’insertion professionnelle des bénéficiaires du RSA (BRSA). Après avoir abordé la question de l’amélioration des processus d’ouverture des droits et d’orientation des bénéficiaires dans un précédent billet, celui-ci souligne met en évidence une seconde orientation structurantes du rapport : déployer un accompagnement global dont le bénéficiaire doit devenir le principal acteur, disposant pouvoir de décision sur les choix qui s’offrent à lui en matière d’activité et d’emploi. Ceci a plusieurs implications concrètes selon les auteurs.

  • L’accompagnement doit sortir d’une approché basée sur l’évaluation des freins au retour à l’emploi pour privilégier la valorisation des atouts et des compétences des personnes. Ceci implique notamment de supprimer les risques de stigmatisation en laissant une large place à l’écoute active du bénéficiaire. Celle-ci doit porter moins sur ses problèmes et difficultés que sur ses qualités personnelles, ses aspirations, ressources et potentialités.
  • L’accompagnement doit être résolument global. Les auteurs préconisent de mettre fin à la dualité entre accompagnement professionnel et accompagnement social en coordonnant la levée des freins sociaux et professionnels de concert, et non plus de façon séquencée, désarticulée et s’étalant sur une temporalité trop longue pour être mobilisatrice pour les personnes. A cet égard, le dispositif « accompagnement global » co porté par les départements et Pôle Emploi fait figure d’exemple à déployer au regard de ses bons résultats quantitatifs sur les taux de sortie en emploi mais aussi qualitatifs en termes d’interconnaissance et de partage entre les professionnels sociaux des départements et les conseillers de Pôle Emploi. De même, les auteurs plaident pour un accompagnement élargi aux contraintes familiales (parent isolé avec enfants en bas âges, aidants familiaux, etc.) et aux problématiques de santé (au-delà des questions de handicaps, des soucis de soins ordinaires (dentaires, ORL…) peuvent être de sérieux obstacles au retour à l’emploi).
  • L’accompagnement implique d’assurer une sécurisation financière du bénéficiaire du RSA. Selon les auteurs, les BRSA doivent pouvoir se projeter tant dans un avenir professionnel que dans une situation budgétaire prévisible. En effet, en moyenne, un bénéficiaire du RSA connaît des changements de situation à huit reprises dans l’année, affectant le versement de prestations sociales aux calculs complexes, dont la variation peut être capitale pour des publics fragiles. L’évolution qu’impliquent les actions du parcours doit donc pouvoir être simulée pour que le bénéficiaire puisse anticiper sa situation budgétaire à venir.
  • Un accompagnement pertinent et efficace suppose de disposer d’informations fiables, exhaustives et partagées, notamment en raison des allers-retours constants dans les entrées et sorties du dispositif RSA. Or il s’avère que l’outil de collecte des données socio-professionnelles mis à disposition pour l’instruction des demandes de droits RSA fait l’objet de nombreuses critiques : questions peu pertinentes ou insuffisantes pour orienter les bénéficiaires, questions peu adaptées aux spécificités territoriales, questions jugées trop complexes pour les bénéficiaires requérant d’être accompagnés par un professionnel, algorithme peu pertinent pour aider à l’orientation. En réponse, le rapport préconise de créer un dossier unique, intégré et modulaire, permettant de garder trace de l’historique des besoins et du parcours, et pouvant être partagé entre tous les acteurs de l’insertion.

Ces propositions rejoignent sur certains aspects celles avancées par le Conseil d’Orientation pour l’Emploi en matière d’accompagnement vers l’emploi. Elles s’en distinguent aussi par l’importance accordée à l’identification et la valorisation des atouts, ressources et motivations des personnes (plutôt que leurs difficultés), ainsi qu’à la sécurisation des conséquences des actions d’insertion et de la reprise d’emploi sur les revenus des personnes.