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Accompagnement des bénéficiaires du RSA vers l’emploi (3) : réduire la distance entre les personnes et les entreprises ?


Boris Chabanel | 29 novembre 2018 | Mots-clés accompagnement chômage entreprise | Fils rouges emploi & insertion

Ce billet aborde les orientations du rapport « L’accompagnement des bénéficiaires du RSA » remis en aout dernier au 1er ministre par la député des Bouches du Rhône Claire Pitollat et le président du Département de Meurthe et Moselle Mathieu Klein met en avant plusieurs principes d’intervention visant à renforcer l’efficience de la politique d’insertion professionnelle des bénéficiaires du RSA (BRSA). Après deux précédents billets, celui-ci attire l’attention sur l’importance accordée à l’intégration des acteurs économiques aux politiques d’insertion et d’emploi.

Partant du constat que nombre d’entreprises expriment des difficultés de recrutement et que le modèle de recrutement par qualification constitue un obstacle majeur pour les demandeurs d’emploi peu qualifiés, les rapporteurs estiment que l’insertion professionnelle doit être pensée comme une démarche de réduction de la distance entre la personne et les employeurs. Ceci passe par différents leviers :

  • Le développement de l’intermédiation entre BRSA et employeurs. Les rapporteurs observent que la rencontre entre un employeur et un bénéficiaire du RSA intègre des paramètres souvent subjectifs. Au-delà des exigences liées aux compétences et aux savoir-être, au-delà des conditions de travail proposées, ce sont des modes de fonctionnement éloignés, des cultures professionnelles différentes, des représentations stigmatisantes (stéréotypes) qui peuvent renforcer ce décalage. Dans ce contexte, le rapport préconise d’identifier les besoins des entreprises sur le territoire et de mettre en œuvre une médiation entre les entreprises et les BRSA afin d’assurer à ces derniers une insertion durable dans l’emploi.
    • Le rapport met en évidence l’exemple de la méthode IOD mise en œuvre par l’association Transfer. Celle-ci consiste à provoquer la création d’offres d’emploi au-delà des offres existantes en identifiant le marché caché par le biais d’une mise à disposition d’une expertise et d’outils RH auprès des entreprise (TPE/ PME) qui n’en disposent pas en interne. A ces offres provoquées, l’association présentent un ou deux candidats pour un poste et non une multitude de CV dont la majorité n’est pas en cohérence avec le besoin. Le bénéficiaire est sélectionné sur la base des compétences réellement attendues et non sur l’établissement d’un profil type surdimensionné faute d’avoir pu bien définir le besoin. Cette méthode exercée à une échelle très locale, montre des résultats probants31, d’abord en termes de délais très courts de retour à l’emploi, et surtout dans la durabilité et la satisfaction tant du bénéficiaire que de l’entreprise, dans l’emploi pourvu : 67% des bénéficiaires inscrits dans la méthode IOD retrouvent un emploi pérenne.
    • Le rapport souligne également l’intérêt des dispositifs de certification des compétences des actifs peu ou pas qualifiés pour les structures d’insertion et plus globalement pour les professionnels du recrutement. Il s’agit notamment de CLéA, une formation en ligne sanctionnée par une certification interbranche visant l’acquisition d’un « socle de connaissances et de compétences professionnelles » dans les sept domaines de compétences identifiés par l’ensemble des branches professionnelles.
  • L’accompagnement dans l’emploi. L’embauche ne signifie bien souvent pas la fin des freins sociaux affectant le professionnel. Au contraire, les premiers temps d’activité sont complexes car ils exigent de concilier des impératifs tels que le logement, la mobilité, la garde d’enfants… Ces impératifs peuvent entraîner des difficultés de disponibilité dans l’entreprise. Dès lors, afin d’assurer la réussite du retour à l’emploi et d’éviter les séquences d’allers-retours entre le RSA et l’emploi, les rapporteurs considèrent nécessaire de poursuivre l’accompagnement des personnes dans l’entreprise au moins six mois après leur recrutement. Ceci doit permettre d’exprimer et échanger sur les éléments de surprise et d’étonnement. Le cas échéant, le conseiller d’insertion peut permettre au bénéficiaire de résoudre plus rapidement les freins persistants et d’être le relais rassurant auprès de l’employeur. En outre, cette intermédiation dans l’emploi permet de faciliter l’adaptation au poste et la délivrance de formations d’appoint
  • Le soutien de l’accès à l’emploi par la mise en activité. Constatant que le retour vers l’emploi dans le milieu ordinaire n’est pas forcément réalisable immédiatement pour les publics les plus éloignés de l’emploi (durée d’inactivité ou difficultés propres à la situation de la personne), le rapport souligne le rôle des structures d’insertion par l’activité économique pour permettre aux permettre de sortir de leur isolement et de reprendre contact avec le monde du travail. A cet égard, les rapporteurs appellent à un développement des démarches d’intermédiation conduites par les SIAE vers les entreprises classiques afin de leur proposer des outils d’accompagnement RH et de favoriser le recrutement des salariés issus de leurs structures, à l’instar du dispositif SEVE (SIAE et Entreprise Vers l’Emploi) expérimenté par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).

Ces différentes orientations constituent autant de pistes inspirantes pour le Métropole de Lyon qui a fait de l’implication des entreprises et de la réponse à leurs besoins un objectif structurant de sa politique d’insertion et d’emploi

La démarche IOD en un coup d'oeil