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Accompagnement global des demandeurs d’emploi (1) : Comment fonctionne-t-il ?


Boris Chabanel | 23 octobre 2019 | Mots-clés accompagnement | Fils rouges emploi & insertion

Initié en 2014, suite à une expérimentation conduite en 2011 sur le rapprochement des dimensions sociales et professionnelles de l’accompagnement des bénéficiaires du RSA [Revenu de Solidarité Active], l’accompagnement global, réalisé conjointement par un conseiller de Pôle emploi et un travailleur social du Conseil départemental, vise à répondre aux besoins des demandeurs d’emploi qui sont confrontés simultanément à des difficultés professionnelles et sociales. Une étude récente publiée par Pôle Emploi rend compte des enseignements d’une évaluation partenariale menée dans 11 Conseils départementaux. Elle permet de mieux comprendre comment les professionnels de Pôle Emploi et des départements s’organisent pour mettre en œuvre cet accompagnement conjoint.

Les bénéficiaires de l’accompagnement global se distinguent fortement des autres demandeurs d’emploi (voir graphique 1 ci-dessous) par une part importante de personnes éloignées de l’emploi (50% ont une durée d’inscription en catégorie A d’au moins 12 mois au cours des 15 derniers mois), de faible niveau de formation (les trois quarts ne dépassent pas le niveau CAP [Certificat d'Aptitudes Professionnelles] ou BEP [Brevet d'Études Professionnelles]), résidentes en quartier prioritaire de la Ville (21% sont en QPV [Quartier Prioritaire de la politique de la Ville]), bénéficiaires du RSA (62%) et de nationalité étrangère (22%).

L’orientation vers l’accompagnement global repose sur un diagnostic partagé des conseillers de Pôle emploi et des travailleurs sociaux du Département. De manière générale, l’évaluation montre que les critères d’orientation sont bien partagés entre les professionnels. Au-delà de l’existence des difficultés périphériques à l’emploi combinées avec l’existence d’obstacles professionnels (voir graphique 2 ci-dessous), ils prennent également en compte deux autres dimensions : la capacité de la personne à s’investir dans l’accompagnement pour en tirer bénéfice et l’appréciation du parcours et de la situation vécue. En revanche l’existence d’un projet professionnel construit et cohérent n’est pas, en général, un prérequis aux yeux des professionnels.

Si les deux volets de l’accompagnement se déroulent le plus souvent de façon parallèle, conseillers Pôle emploi et travailleurs sociaux n’agissent pas de la même façon.

  • Les conseillers Pôle emploi en accompagnement global sont dans une logique « d’aller vers la personne ». Dès l’orientation, les conseillers prennent contact avec le demandeur d’emploi et prévoient un rendez-vous pour un premier entretien. Par la suite, et tout au long de l’accompagnement, ils fixent des entretiens physiques avec la personne dont le rythme s’avère généralement plus intensif que pour les autres accompagnements mis en œuvre par Pôle Emploi (renforcé, guidé, suivi) : dans les 11 départements étudiés, 89% des conseillers Pôle emploi en accompagnement global prévoient des rendez-vous physiques avec les demandeurs d’emploi au moins une fois par mois.
  • Les travailleurs sociaux adoptent plutôt une posture de « réponse à la demande » : Pendant la durée de l’accompagnement global, les travailleurs sociaux adoptent une posture similaire dans la plupart des territoires étudiés, de sorte qu’il appartient au demandeur d’emploi d’exprimer ses attentes et de solliciter le travailleur social. Les entretiens physiques s’avèrent ainsi moins fréquents (moins d’une fois par mois dans deux cas sur trois). Ceci tient également à la nature des besoins à satisfaire. Les travailleurs sociaux accompagnent souvent les personnes dans des démarches administratives longues, telles que des procédures d’attribution d’hébergement, l’obtention d’aide au logement, des procédures de désendettement… qui impliquent des périodes d’attente.

La dynamique de travail des binômes constitués par le conseiller Pôle emploi en accompagnement global et le travailleur social repose généralement sur des relations par téléphone ou par mail. Celles-ci sont relativement intenses : près de 70% des conseillers Pôle emploi en accompagnement global indiquent avoir des contacts avec leurs homologues du travail social au moins une fois par semaine. Bien que peu répandues, des pratiques d’échange en face-à-face entre les professionnels sont toutefois observées dans les territoires. Elles ont pu être privilégiées lors de la mise en place du dispositif lorsqu’il s’agissait de « faire connaissance » et de construire une relation de confiance réciproque entre professionnels. De l’avis des parties prenantes, elles contribuent à consolider la qualité des collaborations et de l’accompagnement. Ces échanges entre professionnels amènent également une meilleure connaissance des offres de services respectives.

Ces éclairages sur le « comment » de l’accompagnement global mettent en évidence l’importance des relations de travail entre les conseillers Pôle Emploi et les travailleurs sociaux aux différents stades de l’accompagnement : orientation, diagnostic, propositions d’action d’accompagnement, suivi, etc. Ils incitent également à en savoir plus sur les résultats de cette forme d’accompagnement en termes d’accès à l’emploi. Ceci fait l’objet d’un second billet.