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Egalité hommes femmes : et si on parlait des tâches ménagères ?


Aurélien Boutaud | 29 octobre 2019 | Mots-clés discrimination mixité équité représentations | Fils rouges chiffres

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont souvent abordées sous l’angle des inégalités de salaire. Elles le sont moins à propos des inégalités familiales, en particulier celles qui s’exercent au sein du ménage lorsqu’il s’agit de prendre en charge les tâches ménagères. Une récente enquête de l’IFOP vient pourtant confirmer les rares chiffres officiels sur le sujet : à savoir que les inégalités de genre face aux tâches ménagères sont encore plus fortes que celles observées en milieu professionnel. Qui plus est, elles évoluent peu.

Un sentiment d’en faire plus… largement confirmé par les statistiques

Menée dans cinq pays de l’Union Européenne, l’enquête montre que la moitié (49%) des femmes interrogées vivant en couple ont le sentiment de réaliser « beaucoup plus » de tâches ménagères que leurs conjoints, et 26% « un peu plus », soit au total trois quarts (75%) des femmes. Ce score est particulièrement fort en l’Italie, où 88% des femmes se plaignent d’en faire « un peu » ou « beaucoup plus » que leur conjoint. En France, ce score est de 73%. Sans surprise, ce chiffre est en moyenne plus important chez les femmes qui ont de faibles revenus, parmi les milieux plutôt traditionnalistes ou encore parmi les femmes qui se disent insatisfaites de leur vie de couple.

Mais ce sentiment d’en faire plus, voire beaucoup plus, correspond-il à une réalité statistique, et si oui jusqu’à quel point ? Pour répondre à cette question, il faut regarder du côté des rares enquêtes menées par l’INSEE sur l’emploi du temps des Français. Et la réalité apparaît alors comme encore plus spectaculaire, puisqu’en 2010 les femmes consacraient en moyenne chaque jour près de 3h30 aux tâches domestiques, contre 2h seulement pour les hommes. Les femmes passent donc presque deux fois (1,7 fois) plus de temps à s’occuper des tâches ménagères que leurs conjoints. Beaucoup… beaucoup plus, donc !

Le linge, le ménage et les sanitaires en tête des inégalités

Le sondage de l’IFOP montre par ailleurs que certaines tâches sont particulièrement dévolues aux femmes. Par exemple, 71% des hommes ne repassent jamais le linge, 53% ne font jamais la poussière ni ne trient le linge, et 52% ne lavent jamais les sanitaires. Et ceux qui pratiquent de temps à autres ces tâches tentent le plus souvent de les éviter. Les tâches les plus couramment partagées par les hommes consistent à sortir les poubelles, faire la vaisselle ou encore faire les courses – ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils le font plus souvent que les femmes.

L’enquête de l’INSEE confirme assez largement ce sentiment puisque les seules tâches domestiques davantage prises en charge par les hommes concernent le bricolage, le jardinage ou le soin aux animaux domestiques, c’est à dire des activités qui occupent peu de temps dans une journée moyenne au regard des autres tâches ménagères.

Des inégalités davantage intériorisées ?    

Un récent sondage réalisé par l’institut Kantar pour la Fondation des femmes montre que la situation d’inégalité est jugée plus acceptable dans le domaine familial que dans le domaine du travail. Pourtant, les chiffres que nous venons de mentionner prouvent que les inégalités sont plus fortes en matière de partage des tâches ménagères. On peut imaginer que cette tolérance s’explique parce que l’inégalité face aux tâches ménagères est davantage intériorisée comme une situation « normale ». Mais il faut alors souligner deux tendances importantes : d’une part, les situations sont moins inégalitaires parmi les jeunes couples, ce qui témoigne peut-être d’une aversion de plus en plus marquée pour ces injustices chez les jeunes générations. D’autre part, le sondage de l’IFOP souligne que ces inégalités face aux tâches ménagères sont source d'une tension de plus en plus marquée au sein des couples : 48% des femmes déclarent se disputer régulièrement à propos des tâches ménagères, contre 42% en 2005. Signe, peut-être, que la situation est de moins en moins acceptée.