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Enquête Offre d’emploi et recrutement (3) : Comment les employeurs mobilisent-ils les contrats très courts ?


Boris Chabanel | 23 octobre 2019 | Mots-clés entreprise | Fils rouges emploi & insertion

En écho à un précédent billet, cet article rend compte de nouveaux résultats de l’enquête Offre d’emploi et recrutement (Ofer) réalisée en 2016 par la Dares (Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des statistiques du Ministère du Travail). Rappelons qu’il s’agit de la seule enquête d’envergure nationale s’attachant à décrire précisément les différentes étapes du recrutement. Dans une note publiée en avril dernier, la Dares rend compte des résultats de cette enquête concernant le recours aux contrats très courts (CDD d’un mois ou moins) par les employeurs.

Rappelant que le recours à ces contrats très courts a fortement augmenté depuis une vingtaine d’années, l’étude de la Dares indique que parmi les établissements enquêtés (qui excluent les employeurs utilisant exclusivement les CDD d’un mois ou moins), 20% déclarent avoir eu recours à ce type de contrat.

Quelles sont les caractéristiques de ces établissements ?

Toutes choses égales par ailleurs, les établissements qui recourent aux contrats de très courte durée exercent plus souvent leur activité dans le secteur de l’administration publique, de l’enseignement et de la santé ou dans celui des services aux entreprises et moins souvent dans ceux de la construction et l’industrie, secteurs traditionnellement très utilisateurs de l’intérim. Par ailleurs, la part de leurs effectifs en emploi stable (CDI) est plus faible que celle des établissements non utilisateurs de contrats très courts. Enfin, les établissements ayant mobilisé les contrats très courts durant l’année passée disposent plus souvent d’un service de ressources humaines, ce qui semble attester du fait que le recrutement en CDD très courts renvoie à une pratique installée et organisée dans l’entreprise.

À quels besoins répondent les contrats très courts ?

Près de 60 % des employeurs déclarent avoir utilisé les contrats très courts pour remplacer un salarié momentanément absent, 24 % affirment l’avoir fait en raison d’un accroissement temporaire de leur activité et un peu plus de 10 % disent avoir mobilisé ces contrats pour réaliser des activités saisonnières ou occasionnelles.

Comment les employeurs s’y prennent-ils pour pouvoir leurs postes en CCD très courts ?

Afin de pourvoir leurs emplois en CDD d’un mois ou moins, les établissements recontactent très fréquemment des personnes ayant déjà travaillé dans leur établissement ; cette pratique est 2,5 fois plus répandue que lorsqu’ils recrutent en contrat de plus d’un mois (voir graphique 3 ci-dessous). De plus, les établissements recourant aux CDD très courts déclarent dans 58 % des cas avoir un vivier de personnes travaillant régulièrement pour eux, et la présence de ce vivier croît nettement avec l’intensité du recours aux contrats de très courte durée puisqu’elle concerne 77% des établissements utilisant plusieurs de contrats de ce type par semaine (voir graphique 4 ci-dessous). Enfin, 57 % des établissements fortement utilisateurs de contrats de très courte durée enchaînent ces contrats avec la même personne, et dans 86% des cas les renouvellements ont lieu sur le même poste.

Ces CDD très courts permettent-ils d’accéder à un contrat plus durable ?

Les contrats très courts permettent rarement aux salariés d’accéder à des CDD plus longs ou à des CDI : seuls 21 % et 16 % des établissements déclarent transformer fréquemment ou très fréquemment les CDD de très courte durée en CDD plus longs ou en CDI. La Dares observe que la transformation en CDI est d’autant plus probable que les établissements comptent une part importante de CDI dans leurs effectifs. Inversement, le fait que l’établissement recontacte plus souvent ses anciens salariés pour recruter joue défavorablement sur la probabilité d’obtenir un CDI à l’issue du contrat de très courte durée, l’existence d’un vivier de salariés facilement mobilisables rendant semble-t-il moins nécessaire la poursuite de la relation d’emploi.

Les résultats de l’étude de la Dares sont cohérents avec l’ampleur de la réembauche observée dans les données administratives ainsi qu’avec les enseignements d’une enquête réalisée par l’Unedic auprès d’employeurs de cinq secteurs d’activités (Hébergement-restauration, Hébergement médico-social et social, Etudes de marché et sondage, Production et distribution d’eau, Commerce de détail) sur l’usage des CDD d’un mois ou moins. Cette enquête montre en effet que si les employeurs interrogés se reconnaissent rarement comme recruteur récurrent de contrats courts – ils considèrent le CDI comme la norme, l’embauche en contrats courts ne répondant qu’à des demandes ponctuelles ou à des postes spécifiques –, ceux mettant l’accent sur la compétitivité-coût sont nombreux à déclarer compter sur un vivier de salariés souvent réembauchés au grès des besoins de l’activité. Ces pratiques de recrutement présentent l’avantage de concilier réduction du temps consacré au recrutement, continuité des compétences – les personnes recrutées sont connues de la hiérarchie, du personnel permanent et familières de l’environnement de travail – et fragmentation de la relation salariale. En regard des bénéfices pour l’employeur, il conviendrait cependant de mieux cerner comment les salariés perçoivent cette relation d’emploi à la fois précaire et suivie avec les mêmes employeurs : dans quelle mesure est-elle choisie et/ou subie ?