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Garantie Jeunes (4) : quels impacts sur les parcours d’insertion des jeunes ?


Boris Chabanel | 27 mars 2018 | Mots-clés chômage insertion jeunes accompagnement | Fils rouges emploi & insertion

Dernier de la série consacrée à la Garantie Jeunes (GJ), ce billet présente les principaux enseignements d’une étude du Centre d'études de l'emploi visant à analyser les parcours d’accompagnement des jeunes mis en place dans le cadre de la GJ et à mesurer leur impact sur leur insertion sociale et professionnelle. Pour ce faire, l’équipe de recherche a conduit une centaine d’entretiens auprès des jeunes et des professionnels ainsi qu’une vingtaine d’observations au sein des missions locales.

Pour rappel, la GJ combine :

  • Un accompagnement collectif intensif durant les premiers mois assuré par la mission locale,
  • Des expériences répétées de mise en situation professionnelle sous toutes les formes possibles (stages, petits jobs, apprentissage)
  • Un accompagnement individuel tout au long de l’année assuré par la mission locale
  • Une aide financière mensuelle (montant équivalent au RSA)

Le travail d’évaluation permet de faire ressortir trois groupes de jeunes dont les trajectoires à l’issue du dispositif se ressemblent :

  1. INSERTION DANS L’EMPLOI (PRÉCAIRE) : À la sortie du dispositif, les jeunes de ce premier groupe sont lancés dans une dynamique d’emploi ou de formation et expriment le sentiment de « s’en sortir », d’en avoir fini avec la « galère », et envisagent l’avenir plus sereinement. Sur le registre de la « mobilisation » (encouragement à l’action dans une optique d’accès à l’autonomie professionnelle ou sociale) et de l’« intermédiation » (mise en relation des jeunes et des employeurs), la Garantie jeunes a permis à ces jeunes, un peu plus diplômés et plus mobiles que les autres, de reprendre confiance en eux (« ça nous permet de nous relever ») en travaillant sur leurs projets professionnels et en rendant, de ce fait, leurs recherches d’emploi plus efficaces. Le dispositif permet en particulier aux jeunes de prendre conscience, en se confrontant au monde du travail et en étant accompagnés par les conseiller(ère)s tout au long de cette expérience, des possibilités réelles qui leur sont offertes, compte tenu de leurs compétences et de leurs parcours biographiques, et notamment scolaires. Toutefois, il convient de noter que tous les emplois obtenus sont des emplois atypiques précaires (emplois aidés, à durée déterminée, travail intérimaire), faiblement qualifiés et peu valorisés socialement dans le domaine de la manutention, de la préparation de commandes, de la mise en rayon et du service.
  2. PRÉPARATION SOCIALE À L’EMPLOI : Rassemblant des profils très variés du point de vue du niveau de diplôme (des titulaires d’un baccalauréat à ceux qui sont sortis du système scolaire sans diplôme), le deuxième groupe de jeunes qui, s’ils demeurent relativement éloignés de l’emploi, se « mettent en mouvement » et se préparent à travailler. Les jeunes de ce groupe « utilisent » le dispositif, et notamment l’allocation, pour gagner en autonomie, en améliorant leur mobilité (passage du permis de conduire notamment), régularisant leur situation financière (rembourser leurs dettes), prenant leurs distances par rapport à leur passé de délinquance ou encore en quittant le foyer parental. Certains gagnent en confiance en eux, grâce à l’aide des conseiller(ère)s et/ou à une prise en charge médicale et psychologique. Le dispositif favorise également une socialisation des jeunes aux règles qui régissent le monde du travail. De nombreux jeunes de ce groupe insistent sur le fait que l’accompagnement proposé par la Garantie jeunes leur a permis d’être plus à l’aise face à un employeur : « Au jour d’aujourd’hui, là je vais voir un patron avec un grand sourire… ».
  3. DES PARCOURS EMPECHES : Pour un certain nombre de jeunes (moins d’une dizaine sur la quarantaine de jeunes enquêtés), la situation sociale et professionnelle n’évolue pas entre leur entrée et leur sortie du dispositif, voire se dégrade sous l’effet du temps qui passe (effet de démobilisation). Apparaissant comme les moins doté(e)s scolairement parmi les enquêtés, certains d’entre eux n’ont eu aucune expérience d’emploi pendant le dispositif. Ces jeunes ne parviennent pas à se saisir de la proposition institutionnelle en raison de difficultés de santé (souffrance psychique, maladie d’un proche, etc.), des situations d’urgence matérielle (précarité résidentielle, sans-domicile, etc.). Face à des jeunes ancrés dans l’exclusion ou la pauvreté, la priorité donnée à l’emploi n’apparait pas adaptée pour prendre en charge la pluralité et la complexité de leurs parcours. L’enquête montre que le risque de démobilisation concerne certains ateliers collectifs peu en phase avec les besoins des jeunes, ainsi la période qui suit la phase d’accompagnement collectif, où le manque de suivi individuel par les conseillers peut donner lieu à un sentiment d’abandon, d’isolement au fur et à mesure que les mois passent. Autant d’éléments qui, selon les chercheurs, doit encourager les missions locales à ne pas renoncer à l’accompagnement global individualisé.

De façon plus spécifique, l’étude réalisée par le CEE permet de comprendre l’impact de deux composantes clés du dispositif.

S’agissant du versement de l’allocation, la crainte traditionnelle de voir les sommes versées détournées de leur usage de « réinsertion » apparait largement désamorcée par les entretiens conduits auprès des jeunes. L’enquête révèle au contraire l’extrême utilité de l’allocation pour l’ensemble des jeunes, quel que soit l’usage qu’ils en font. Le premier usage, associé au « passé » permet au jeune de combler des dettes accumulées par des impayés de loyer, des soins, des emprunts. Le second usage renvoie au « présent » et permet au bénéficiaire d’assumer le coût de la vie quotidienne, les besoins primaires (se nourrir, se loger, se vêtir). Le troisième usage se rapporte au « futur » : il s’agit pour le jeune de capitaliser pour financer le permis de conduire ou une formation. Dans tous les cas, l’allocation est perçue comme une nécessité et permet à beaucoup de jeunes ou à leur famille de survivre ou d’envisager l’avenir un peu plus sereinement.

L’enquête démontre également les bénéfices de l’accompagnement collectif. Faisant toute l’originalité de la Garantie jeunes, ce dernier apparait comme un élément favorisant grandement l’implication et la remobilisation des jeunes, en permettant pour certain de sortir d’un certain isolement social. Les enquêté(e)s insistent sur le fait que le groupe les aide à avancer. Les professionnels interrogés estiment quant à eux que la dimension collective de l’accompagnement leur permet de mieux connaitre les jeunes, ou plus rapidement, par rapport à un suivi individuel : « On sent plus rapidement sur quoi il va falloir mettre la priorité », « on peut plus facilement et rapidement lui faire des propositions puisqu’on l’a sous la main », « on peut déceler des problèmes graves d’ordre cognitif, physique, d’addiction etc. qui passaient inaperçus dans le cadre du suivi « classique », « Le collectif, permet sur des problématiques sociales, de les mettre beaucoup plus rapidement en évidence, qu’en entretien individuel.  (…) Donc on les gère plus vite. Et puis il y a le soutien du collectif, parce qu’entre eux ils gèrent un certain nombre de choses “ah toi t’as fait comme ça etc.”, donc oui, ça débloque les situations. Nous on dit que, pour ceux qui ont compris ce qu’ils foutaient là, et comment ça se goupille, on gagne un an et demi d’accompagnement individuel. En six semaines de collectif. » Au total, selon les chercheurs, en réinsérant des publics isolés et en difficulté au sein d’un groupe de pairs, la Garantie jeunes participe à prolonger leur socialisation sans s’appuyer uniquement sur une relation individuelle avec leur conseiller.

 

Source: Centre d'Etudes de l'Emploi