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Identifier les compétences transversales pour faciliter les mobilités entre métiers


Boris Chabanel | 11 octobre 2018 | Mots-clés métiers | Fils rouges emploi & insertion

Mis en place à l’initiative de l’Etat et des partenaires sociaux, le Réseau Emplois Compétences (REC) a engagé un travail sur l’identification des compétences transférables ou transversales. Directement liées à des savoirs de base (capacités de lecture, écriture ou calcul, compétences numériques), ou des compétences comportementales, cognitives ou organisationnelles, les compétences transversales ne sont pas attachées à un métier ou un secteur d’activité spécifique, mais sont mobilisées dans diverses situations professionnelles. Selon le REC, la capacité à formaliser et valoriser ces compétences apparait en effet comme un levier important d’amélioration de l’appariement entre offre et demande de travail. Leur prise en compte permet de diversifier le potentiel des offres d’emploi auxquelles les candidats peuvent légitimement postuler et donne aux entreprises la possibilité d’élargir les profils des candidats pour une offre, en particulier pour répondre à des difficultés de recrutement.

S’inscrivant dans la continuité des travaux du Réseau Emplois Compétences, un rapport publié récemment, par France Stratégie s’efforce de mieux définir et repérer les compétences transversales à partir des résultats de l’enquête Conditions de travail de la Dares, qui vise à cerner au plus près le travail tel qu’il est perçu par la personne en emploi, au travers d’une description concrète du travail.

A partir de plusieurs référentiels – dont le socle de compétences et de connaissances professionnelles réalisé par le COPANEF, le référentiel des habiletés de Pôle emploi pour la méthode de recrutement par simulation ; le référentiel des qualités professionnelles mis en place par Pôle emploi ; le référentiel de compétences transversales utilisé par l’AFPA… – l’étude du REC met en évidence seize situations de travail qui nécessitent de mobiliser des compétences transversales. Un score de situations de travail transversales a été calculé pour chaque salariés en emploi, ce qui permet de dresser une carte des métiers selon les situations de travail transversales prédominantes (voir tableau 2). L’étude fait ressortir notamment les enseignements suivants :

  • la compréhension et la rédaction de documents écrits : c’est le propre des métiers de la gestion-administration, des métiers de cadres et des enseignants, mais c’est aussi nécessaire pour les techniciens industriels ou du BTP et les attachés commerciaux.
  • l’utilisation d’outils informatiques : elle s’est généralisée dans les métiers, hormis dans les métiers ouvriers du bâtiment, salariés agricoles, les bouchers, les boulangers, les charcutiers salariés, les employés de maison, les aides à domicile, les assistants maternels et les agents d’entretien ;
  • le contact avec le public : il est de règle dans les métiers du commerce, de la santé, de l’action sociale et des services aux particuliers (assistants maternels, aides à domicile, employés de l’hôtellerie-restauration, coiffeurs), mais aussi chez les conducteurs de véhicule, les agents de gardiennage et de sécurité et chez les employés administratifs.
  • la nécessité de répondre de façon immédiate à une demande : c’est le propre des métiers du commerce et de l’hôtellerie-restauration, mais aussi des employés et techniciens de la banque-assurance, les secrétaires ainsi que les infirmiers, les aides-soignants, les conducteurs de véhicule et les techniciens industriels.
  • le travail en équipe : il est plus fréquent parmi les salariés des travaux publics et du gros oeuvre, de la santé-action sociale et de l’hôtellerie-restauration, et aussi parmi les ingénieurs de l’informatique, les coiffeurs, les ouvriers qualifiés de la manutention et les employés de la banque et des assurances.
  • l’existence de procédures de qualité et la prise en charge de risques : elle est plus fréquentes dans les métiers industriels et de la santé, mais aussi pour les métiers de bouche et les cuisiniers, les conducteurs de véhicule, les ouvriers qualifiés du second œuvre du bâtiment ou de la maintenance.
  • les efforts physiques : ils se trouvent essentiellement dans les métiers d’ouvriers (industrie, bâtiment, agriculture), mais aussi les métiers de soins et d’aide à la personne (aides-soignants, infirmiers, aides à domicile), et plus généralement les professions de service (cuisiniers, employés de l’hôtellerie-restauration, bouchers-boulangers, coiffeurs, agents d’entretien).
  • le travail sous pression (être obligé de se dépêcher dans son activité de travail, devoir fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue, ne pas avoir suffisamment de temps pour réaliser correctement le travail, ne pas pouvoir interrompre son travail comme on le veut) : c’est le cas des métiers de la santé, de l’hôtellerie-restauration, des caissiers, des cadres des transports ou du BTP, mais aussi des secrétaires de direction et des salariés de la banque et des assurances.
  • la charge émotionnelle (être confronté à des situations de tension dans les rapports avec le public, les supérieurs hiérarchiques, les personnes que l’on encadre, les collègues ; être en contact avec des personnes en situation de détresse) : sont concernés les métiers de la santé et de l’action sociale, la police et les enseignants, mais aussi les aides à domicile, les caissiers, certains métiers de la fonction publique, de la banque et des assurances.
  • les changements organisationnels (changements techniques, d’organisation du travail, restructuration de l’entreprise, etc.) : plutôt le lot des métiers de la banque et des assurances, les métiers industriels, de la santé, mais aussi les caissiers et attachés commerciaux, les informaticiens, l’armée et la police, les employés administratifs.

Par ailleurs, l’étude cherche à répondre à la question de savoir s’il y a des flux de mobilités plus importants entre des métiers aux situations de travail transversales proches, et inversement si la mobilité est plus faible lorsque les métiers sont plus éloignés de ce point de vue. A cet égard, l’analyse montre que plus la distance entre situations de travail est grande, moins la mobilité entre métiers est importante (signe des coefficients négatifs). Inversement, plus la distance est petite et la proximité entre métiers importante, plus le flux de mobilité est important. Ceci concerne tout particulièrement la proximité en termes d’organisation du travail, d’utilisation de l’informatique, de dextérité manuelle, de travail en équipe et de contact avec le public.