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L’amélioration de la tolérance vis-à-vis des minorités se poursuit


Aurélien Boutaud | 12 juin 2019 | Mots-clés minorité / majorité migrant frontière diversité représentations étranger | Fils rouges chiffres

L’institut IPSOS et la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) ont publié au printemps dernier les résultats du Baromètre sur le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme. Réalisée à l’automne 2018, dans un contexte de tension sociale assez marquée, l’enquête ne montre toutefois pas de recul de la tolérance. Mais si le racisme est en déclin régulier depuis plusieurs décennies, au point de devenir très minoritaire dans la population française, la défiance vis-à-vis des immigrés et les préjugés à l’encontre de certaines minorités ethniques ou religieuses restent forts. 

Le racisme continue de reculer

Un volet important de l’enquête concerne le rapport des Français au concept de race et au racisme. Alors que la doctrine dominante en France considère la notion de race humaine comme invalide – ce qui explique par exemple l’absence de statistiques raciales dans notre pays – un tiers (34%) des Français seulement se déclarent en accord avec cette idée selon laquelle « les races humaines n’existent pas ». S’ils ne nient pas forcément le concept, la majorité (55%) de nos concitoyens considèrent toutefois que toutes les races humaines se valent. Seuls 9% des Français pensent qu’ « il y a des races supérieures à d’autres. » On trouve une surreprésentation des cadres (50% d’entre eux) et des sympathisants de gauche parmi ceux qui pensent que le concept de race humaine est invalide, tandis qu’au contraire 14% des ouvriers et 25% des sympathisants du RN pensent que certaines races sont supérieures aux autres.

Même si cette position est encore minoritaire, on note toutefois que la part de personnes pensant que « les races humaines n’existent pas » a doublé en une quinzaine d’années, passant de 16 à 34 % entre 2002 et 2018. Une tendance qui risque de se poursuivre puisque les jeunes (18-34 ans) sont déjà majoritaires (53%) à partager cet avis.   

Dans le même ordre d’idée, on constate une montée en puissance des personnes se déclarant « pas racistes du tout », devenues aujourd’hui majoritaires dans le pays (58%) alors qu’elles n’étaient que 28% en 2000. Là encore, on peut imaginer que la tendance va se poursuivre, tirée notamment par de jeunes générations (18-24 ans) qui se déclarent  « pas racistes du tout » à 63%.

Des préjugés persistants concernant certaines minorités

Si le racisme recule, les immigrés et certains groupes minoritaires ne sont pas pour autant bien perçus par la majorité des Français. Par exemple, 57% des Français pensent que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale ». Bien que minoritaires, ils sont encore un tiers (34%) à penser que « l’immigration est la principale cause d’insécurité » et 21% que « les enfants d’immigrés nés en France ne sont pas vraiment des Français ». S’ils peuvent être considérés comme élevés, il faut toutefois noter que ces pourcentages sont en nette baisse depuis 2014-2015, période marquée par le terrorisme islamiste qui avait vu le rejet de l’immigration augmenter nettement dans l’opinion.

Par ailleurs, cette défiance vis-à-vis des immigrés varie assez nettement selon leur territoire d’origine : les Français se déclarent par exemple davantage menacés par les immigrés en provenance du Moyen-Orient ou d’Europe de l’Est que par ceux en provenance du Maghreb et d’Afrique Noire. Certaines minorités sont par ailleurs davantage suspectées que d’autres de ne pas vouloir ou pouvoir s’intégrer : par exemple, 68% des Français considèrent que les Rhoms et les gens du voyage forment des groupes à part dans la société, très loin devant les musulmans ou les Chinois.

Au final, le baromètre laisse donc une impression mitigée, entre une tendance de fond qui va vers davantage de tolérance et l’impression encore très présente parmi les Français que les immigrés et certaines minorités sont une menace pour la société. Enfin, l’évolution des courbes montre clairement que ces sentiments sont très sensibles à l’actualité : les actes terroristes perpétrés sur le territoire national en 2014-15 ont semble-t-il fortement impacté le sentiment des Français à l’égard du racisme et des immigrés, avant de s’estomper les années suivantes.