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L’essor de la consommation responsable : quelles opportunités en matière d’emplois ?


Boris Chabanel | 18 octobre 2018 | Mots-clés entreprise prospective économie | Fils rouges emploi & insertion

En influant sur la demande et en modifiant l’offre de produits, l’essor de de nouveaux modes de consommation dits « responsables » est de nature à avoir des effets potentiellement significatifs sur l’emploi, qu’il s’agisse de son volume, de sa structure ou de sa localisation. Tel est le fil directeur du dernier rapport du Conseil d’Orientation pour l’Emploi.

Selon le COE rappelle tout d’abord que différents sondages mettent en lumière une tendance de fond en faveur d’une consommation plus responsable, c’est-à-dire une préoccupation croissante dans les choix de consommation pour la préservation de l’environnement, de la santé humaine et des normes sociales fondamentales, ainsi que la perspective d’un impact positif sur l’emploi (voir graphique 1 ci-dessous). En termes de pratiques de consommation, le COE souligne plus particulièrement le fait que :

  • les comportements des consommateurs sont désormais fréquemment motivés l’achat de produits made in France ou made in local, ceux-ci apparaissant comme un gage de qualité, de normes sociales respectueuses des salariés, de préservation de l’environnement, de développement de l’emploi
  • les pratiques de consommation se renouvellent autour de l’usage et du cycle de vie du produit : croissance des achats de produits moins générateurs de déchets, de produits d’occasion, de la location entre particulier…
  • de nouveaux produits occupent une place croissante dans les dépenses de consommation : produits « verts » se renforce, produits « bio », produits issus du commerce équitable…

Concernant l’impact des modes de consommation responsable sur l’emploi, le COE fait le constat du caractère disparate des analyses existantes selon les différents segments de la « consommation responsable ». La consommation de produits alimentaires bio, en circuits courts et/ou sous appellation d’origine géographique a déjà l’objet d’études détaillées faisant ressortir un contenu en emploi généralement élevé que pour la production agricole conventionnelle. En revanche, l’impact du « made in local » apparait peu documenté.

Afin d’illustrer les conséquences d’une inflexion des comportements d’achat en faveur du « made in France/made in local », le COE a réalisé une étude quantitative à partir des données Insee visant à estimer les effets en termes d’emploi que pourrait avoir, toutes choses égales par ailleurs, une relocalisation en France de 10% des biens actuellement importés pour la consommation des ménages. Cette hypothèse représente une augmentation de 11,2 Mds d’euros de le la production française. Afin de quantifier les effets de création et destruction d’emplois de cette relocalisation de la production sur le territoire national, deux scénarios de comportements des consommateurs ont été testés, prenant en compte l’effet d’éviction lié à la contrainte de revenu des ménages : l’augmentation de la consommation de certains produits se fait nécessairement au détriment d’autres produits et donc des emplois qui leur sont liés. Dans le premier scénario, les consommateurs ajustent les quantités consommées de biens français à due proportion de l’écart de prix entre prix importés et prix français : ils consomment moins en volume, mais plus de produits français. Dans le second scénario, ils veulent consommer autant de biens qu’auparavant, ce qui conduit à une moindre consommation de services. Dans les deux scénario, l’étude montre un effet positif sur l’emploi avec environ 150 000 créations nettes d’emplois. Le COE souligne également l’importance de l’effet d’entrainement de cet accroissement de la production nationale sur le reste de l’économie national, à travers les consommations intermédiaires, les salaires, les recettes fiscales, qu’elle est susceptible de générer.

Au total, selon le COE, une transition collective vers des modes de consommation plus « responsables » apparait bien comme un levier favorable au développement de l’activité et de l’emploi dans les territoires, à la condition d’assurer une offre nationale/locale compétitive et diversifiée, une bonne information du consommateur sur l’offre qui lui est proposée, une disponibilité des compétences nécessaires à la production de l’offre responsable, ainsi que la qualité des emplois générés.