Vous êtes ici :

L’évolution des embauches et des ruptures de contrat depuis 25 ans


Boris Chabanel | 3 octobre 2018 | Mots-clés statistique entreprise | Fils rouges emploi & insertion

Dans un contexte de modernisation des déclarations administratives réalisées par les entreprises concernant les mouvements de main-d’œuvre, une étude publiée par la Dares met en lumière l’évolution des usages des contrats de travail sur les vingt-cinq dernières années. Elle vient confirmer et actualiser plusieurs tendances à la dégradation de l’accès à l’emploi stable évoquées à l’occasion de précédents billets : envolée de la part des CDD dans les embauches, réduction de la durée des contrats et réembauche fréquente par le même employeur, allers-retours entre emploi et chômage, etc.

L’étude de la Dares attire l’attention tout d’abord sur la forte augmentation de la part des CDD dans les flux d’embauches : elle est passé de 76 % en 1993 à 87% en 2017 (voir graphique 3 ci-dessous). Comme l’explique la Dares, la forte hausse des flux d’embauche en CDD sur longue période reflète deux phénomènes distincts.

  • Elle provient pour partie d’une modification de la gestion de la main-d’œuvre par les employeurs, qui se traduit par un plus grand volume de travail couvert par les CDD : cet effet est illustré par l’évolution de la part des CDD dans le stock d’emploi, passée de 6% en 1982 à 12% en 2017.
  • Elle a également pour origine une hausse du nombre de CDD successifs pour un volume de travail donné. Ceci résulte d’une forte diminution de la durée moyenne des CDD, passant de 112 jours en 2001 à 46 jours en 2017. La part des contrats de moins d’un mois est passée de 57 % des CDD en 1998 à 83 % en 2017 (voir graphique 6 ci-dessous) et la part des contrats d’une seule journée s’est accrue de 8 % en 2001 à 30 % des CDD en 2017.

 

La baisse de la durée des CDD concerne tout particulièrement les activités de services, et notamment les activités liées à l’hébergement médico-social, la santé humaine, aux services administratifs. La Dares précise cependant que, si le taux d’entrée en CDD est nettement inférieur à celui de la construction et de l’industrie, ces deux secteurs recourent également aux contrats temporaires mais via l’intérim : en 2017, le nombre de recrutements d’intérimaires rapporté à l’effectif moyen s’élève à 214 % dans l’industrie et à 180 % dans la construction, contre 78 % dans le tertiaire. Au total, en 2017, le nombre d’embauches en contrats temporaires (CDD et intérim cumulés) est proche des 200 pour 100 salariés. Les écarts entre secteur sont plus limités, avec 187 % dans le tertiaire, 186 % dans la construction et 223 % dans l’industrie. La prise en compte de l’intérim conduit ainsi à nuancer les constats effectués sur le recours aux seuls CDD.

L’étude de la Dares montre également que ce sont souvent les mêmes personnes qui enchainent ces contrats très courts. En 2017, la part des salariés signant uniquement des CDD très courts (durée inférieure à un mois) sur un trimestre avoisine 40 % et ceux-ci cumulent en en moyenne 3,5 contrats par trimestre. Ces phénomènes sont particulièrement marqués chez les employés : 46 % d’entre eux n’obtiennent ni CDI, ni CDD de plus d’un mois, et cumulent en moyenne 3,8 contrats très courts par trimestre en 2017.

Une fois encore, ce phénomène de précarisation de la relation d'emploi interroge par son ampleur. Les réalités économiques justifient-elles qu'une part importante des emplois soient occupés dans le cadre de contrats de plus en plus courts par le même groupe d'actifs?