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La démocratie représentative est-elle en crise ?


Laura Desmaris | 16 août 2018 | Mots-clés statistique démocratie | Fils rouges citoyenneté

Début juillet2018, paraissait la sixième édition de l’enquête annuelle sur les fractures françaises, réalisée par Ipsos Sopra-Steria et menée depuis 2013 en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et Sciences Po (programme ViePol). Au-delà des traditionnels constats sur la perception de l’Union Européenne et de la France dans le monde, cette dernière apportait un éclairage quant à l’évolution du rapport qu’entretiennent les Français avec le politique, et a fortiori avec la démocratie. L’enquête basée sur un échantillonnage de 998 personnes représentatives de la population française âgées de 18 ans et plus, montre notamment que « la crise de la politique » pourrait avoir en toile de fond une crise toute aussi lourde : celle de notre système démocratique.

« Crise de la politique » : une tendance lourde malgré une légère inflexion au cours des dernières années

Taux d’abstention en hausse, volatilité des opinions, autonomie vis à vis des partis, défiance croissante des citoyens vis à vis des institutions représentatives traditionnelles, montée des extrêmes, etc. La « crise de la politique » occupe, par son ampleur, le devant de la scène médiatique depuis plusieurs années. 

Confirmée par l’édition 2018 de l’enquête annuelle sur les fractures française, cette dernière se traduit notamment par la faible confiance des Français dans les institutions politiques traditionnelles. Cette défiance touche aussi bien les partis politiques et les députés que le président de la république, qui ne réussissent pas à convaincre plus du tiers des français. Seuls les maires, en qui une large majorité des interrogés disent avoir confiance, se démarquent.

Corruption des hommes et des femmes politiques, mauvaise représentation de leurs idées, actions intéressées, etc. Autant de représentations mises en avant par l’enquête susceptibles d’expliquer la défiance des français. On note cependant, une légère (mais non négligeable) inflexion de cette tendance depuis 2016.

Crise de la démocratie représentative : une tendance à prendre au sérieux

Plus que la « crise du politique », l’élément nouveau apporté par cette sixième édition réside dans la mise en exergue du développement progressif « d’une crise de la démocratie ». Et pour cause, les résultats de l’enquête montrent que la confiance des Français dans le système démocratique a eu tendance à se dégrader fortement au cours des dernières années. Ainsi, 36 % des français estiment aujourd’hui que « d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bons que la démocratie », contre 24 % en 2014. Plus intéressant (et inquiétant) encore, une enquête de l’IFOP datant de 2017, montrait que les français ont une telle attente d’efficacité qu’ils seraient prêt à accepter des gouvernements technocratiques (pour 55 % d’entre eux) ou autoritaires (pour 38 % d’entre eux)…

Selon Brice Teinturier (directeur général délégué d’Ipsos France) et Gilles Finchelstein (directeur général de la Fondation Jean-Jaurès), qui proposaient une analyse des résultats de l’enquête dans le Monde, le développement du sentiment de défiance des français vis à vis de la démocratie est révélateur d’une triple fracture : générationelle, sociologique et politique. Les 15-35 ans (46%), les ouvriers (49%), et les sympathisants du Front-national (64%) et de la France insoumise (43%) étant largement sur-représentés parmi les français qui estiment que d’autres systèmes politiques sont tout aussi bons que la démocratie.

Quoi qu’il en soit, ce constat rejoint celui de l’Observatoire de la démocratie de 2016 (enquête réalisée par Viavoice pour la Fondation Jean Jaurès et la Revue Civique) qui montrait déjà les signes d’un effritement du système démocratique et invitait les élus à développer des politiques plus participatives ; recommandation d’autant plus importante que la démocratie se nourrit « d’engagement et d’ouverture » - B.Teinturier ; G.Finchelstein -.