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La discrimination à l’égard des musulmans en quelques chiffres


Aurélien Boutaud | 25 novembre 2019 | Mots-clés communauté discrimination diversité étranger | Fils rouges chiffres

Alors que les débats sur l’islamophobie font régulièrement l'objet de polémiques, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) et la Fondation Jean Jaurès ont récemment publié une étude sur les discriminations et les agressions envers les musulmans.  Ce sondage, mené par l’IFOP, permet d’aller au-delà des rares chiffres aujourd’hui disponibles en France, qui s’avèrent par bien des égards très insatisfaisants – notamment parce qu’ils sont soit basés sur les témoignages recueillis par les instances de lutte contre la discrimination, donc peu exhaustifs ; soit produits par le ministère de l’intérieur sur la base de données partielles et qui n’intègrent pas les discriminations à raison de religion. Quelles sont les principales informations à retenir ?

Des discriminations assez répandues, en particulier à l’égard des femmes voilées

La première partie de l’étude s’intéresse aux discriminations dont les musulmans sont victimes. L’étude montre que 42% des musulmans estiment avoir été victimes de discrimination liée à leur religion au moins une fois au cours de leur vie, et 32% au cours des cinq dernières années. Le phénomène ne touche toutefois pas la population musulmane de manière homogène. Mais contrairement à ce que l’on aurait pu croire, ce ne sont pas les jeunes musulmans des catégories populaires qui sont les plus touchés, mais les femmes : 46% d’entre elles déclarent avoir été victimes au moins une fois d’une discrimination, contre 38% des hommes. Et ce taux de discrimination atteint des records parmi les femmes portant le voile : 60% d’entre elles disent avoir été victimes de discrimination du fait de leur religion, contre 44% des femmes non voilées. Les auteurs de l’étude rappellent à ce propos que la visibilité de la religion est régulièrement corrélée au taux de discrimination – un phénomène également constaté chez les juifs portant la kippa, par exemple.    

Des formes de discrimination variées qui n’épargnent pas les services publics

Les types de discrimination mentionnés sont de nature très diverses. Certaines ont lieu dans la sphère du secteur privé, notamment dans le domaine du travail. Ainsi, 17% des musulmans déclarent avoir subi une injustice à cause de leur religion lors de la recherche d’un emploi ; cela représente environ un quart  de ceux qui ont déjà cherché un travail. Près d’un musulman actif sur quatre (23%) rapporte avoir été discriminé au cours des cinq dernières années de sa vie professionnelle, soit une proportion cinq fois plus élevée que chez l’ensemble de la population française (5%).  

14% des musulmans déclarent également avoir subi une discrimination alors qu’ils cherchaient un logement. Ces discriminations sont également ressenties, mais plus rarement, durant des activités de loisir : lors de la recherche d’une chambre d’hôtel (5% des musulmans ont été confrontés à cette situation) ou l’accès à un bar ou une boîte de nuit (8%).

Mais les discriminations ressenties par les musulmans sont également fortement représentées dans le secteur public : 14% des musulmans déclarent avoir été victimes d’un traitement inégal dans un établissement scolaire, 11% par des agents travaillant dans une administration publique et 13% lors d’un contrôle des forces de l’ordre. Parmi les musulmans ayant subi un tel contrôle, 28% ont eu le sentiment de ne pas être traités équitablement du fait de leur appartenance religieuse.    

Figure issue de l'enquête IFOP

Un taux d’agression élevé teinté autant de racisme que d’islamophobie

La seconde partie de l’enquête s’intéresse quant à elle aux agressions verbales ou physiques. Là encore, leur ampleur est nettement plus importante chez les musulmans que parmi le reste de la population. Un quart (24%) des musulmans ont déjà été insultés en raison de leur religion au cours de leur vie, contre 9% des non-musulmans. 7%  ont été victimes d’une agression physique à cause de leur religion, contre 3% des non-musulmans. Une fois de plus, le degré de visibilité de l’appartenance à la religion est très corrélé aux agressions : 42% des femmes portant souvent le voile ont déjà été victimes d’une injure liée à la religion. Les musulmans se rendant régulièrement à la mosquée sont également nettement plus exposés.

Les auteurs de l’enquête notent également que « les violences verbales, physiques ou symboliques qui affectent la plupart des musulmans ne se réduisent pas au rejet de leur confession mais aussi à d’autres facteurs comme le racisme, la xénophobie, l’âgisme ou le classisme. » 
Un sentiment clairement ressenti par les musulmans : 40% ont été victimes de comportements racistes au cours des cinq dernières années, et 15% pensent que c’est à cause de leur couleur de peau, et 16% à cause de leur religion. 

Figure issue de l'enquête IFOP

L’étude se conclue en rappelant que les discriminations à l’égard des musulmans restent donc un phénomène minoritaire, mais dont l’ampleur est néanmoins bien plus importante que celles dont est victime le reste de la population. Cette réalité confirme l’existence d’une discrimination que les auteurs proposent de qualifier de « musulmanophobie », afin de la distinguer de l’islamophobie, terme qui fait aujourd’hui l’objet de trop nombreuses récupérations politiques.