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La pauvreté baisse-t-elle réellement en France ?


Aurélien Boutaud | 22 novembre 2018 | Mots-clés cohésion sociale inégalité pauvreté politiques publiques précarité | Fils rouges chiffres

Alors que l’Insee annonce une baisse du taux de pauvreté en 2016, suivie en 2017 d’une stabilisation, le Secours Catholique et l’association Caritas publient de leur côté leur rapport annuel sur la pauvreté en France, dont les conclusions semblent moins favorables. L’occasion de revenir sur les chiffres officiels du taux de pauvreté et leurs limites, dans un contexte où les visages de la pauvreté semblent de plus en plus multiples.

Le taux de pauvreté est en légère baisse sur deux ans

En s’appuyant sur l’enquête revenus fiscaux et sociaux qui regroupe différentes sources relatives aux revenus des ménages, l’Insee, la CNAF et la Drees publient régulièrement les résultats du taux de pauvreté monétaire en France. Ce dernier est calculé en référence à la médiane des revenus : sont considérés comme pauvres les personnes disposant de revenus inférieurs à 60% du revenu médian, soit environ 1000 euros par mois et par unité dé consommation. En 2016, 14% de la population française était considérée comme pauvre sur le plan purement statistique et monétaire, soit une légère baisse de -0,2% par rapport à 2015. Les chiffres de 2017 montreraient quant à eux une stabilisation du taux de pauvreté selon les dernières simulations.

Mais la pauvreté n’est pas que monétaire…

Le dernier rapport du Secours Catholique et de l’association Caritas sur l’état de la pauvreté en France est pourtant moins optimiste. Alors que le Secours Catholique est censé s’adresser en premier lieu aux publics en situation d’extrême pauvreté, l’organisme caritatif constate que 8% des personnes qui font appel à lui ne sont d’ores et déjà pas « statistiquement » pauvres. Et ce public est de plus en plus nombreux.   

D’un côté, le Secours Catholique explique la situation par le fait que la pauvreté n’est pas que monétaire : de nombreuses personnes sont en détresse notamment parce qu’ils vivent une situation d’exclusion qui n’est pas forcément que financière. La responsable d’une équipe locale du Secours Catholique le confirme : « Nous rencontrons des gens qui ont de l’argent, mais qui viennent nous voir pour rompre leur solitude. La plus grande des pauvretés que nous touchons, c’est l’isolement. » Un phénomène que nous avons eu l’occasion de traiter dans ces colonnes, et qui touche particulièrement les personnes âgées, de plus en plus nombreuses à faire appel aux services de l’organisation caritative.

…et son mode de calcul semble de plus en plus insatisfaisant

Une autre critique, de plus en plus répandue, concerne le mode de calcul du taux de pauvreté monétaire en tant que tel. Pascale Novelli, statisticienne au sein du Secours Catholique, explique par exemple que « ce seuil de 1000 euros est de moins en moins pertinent. » D’abord parce que le prix des biens les plus présents dans le budget des ménages modestes augmente plus vite que l’ensemble : c’est le cas bien entendu du logement, de l’énergie ou encore des transports. « Les personnes qui sont juste au-dessus vont, à un moment donné, devoir arbitrer entre se nourrir, payer leur loyer ou régler leurs factures. » La précarité de l’emploi et les accidents de la vie viennent ajouter à la fragilité des situations, faisant craindre à un nombre grandissant de personnes de tomber un jour à leur tour dans la pauvreté.

Davantage de croissance et moins de redistribution ?

Reste que, si imparfait soit-il, le taux de pauvreté pourrait bien repartir à la hausse. C’est plus ou moins ce que suggère l’Insee en montrant que la stagnation de ce chiffre en 2017 s’explique par la conjonction de deux phénomènes qui tendent à se compenser : « la légère diminution de ce taux liée à la situation plus favorable sur le marché du travail en 2017 par rapport à 2016 serait in fine compensée par un plus faible effet des transferts sociaux et fiscaux sur la réduction de la pauvreté. »

Gageons que les politiques fiscales et leurs effets redistributifs n’ont pas fini d’être débattus au cours des prochains mois.