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Le baromètre de la fraternité 2018


Aurélien Boutaud | 4 juin 2018 | Mots-clés diversité cohésion sociale minorité / majorité représentations statistique | Fils rouges chiffres

Comme chacun sait, la fraternité est le troisième mot d’ordre de la devise républicaine. Fondamentale dans la création du lien social, la fraternité est pourtant largement moins présente dans les débats de société que peuvent l’être la liberté ou l’égalité. Ce constat a récemment mené treize organisations à se réunir au sein d’un collectif visant à promouvoir cette valeur : le Labo de la Fraternité. A l’occasion du 16 mai, décrétée par l’ONU « Journée internationale du vivre ensemble dans la paix », le collectif a publié son premier baromètre de la fraternité, en partenariat avec l’institut de sondage OpinionWay.

La fraternité, parent pauvre du triptyque républicain

Pour La Fabrique Spinoza, organisation membre du Labo, la fraternité s’avère « le véritable ciment du lien social dans notre pays. » « Principe républicain autant que philosophique, valeur humaniste autant que spirituelle, la Fraternité est une passerelle entre tous. » Pourtant, la fraternité est aujourd’hui le parent pauvre du triptyque de la devise républicaine. Car contrairement à la liberté ou à l’égalité, la fraternité « ne bénéficie d’aucune loi pour en vérifier l’application. »  Plus encore, l’enquête d’OpinonWay montre que la fraternité arrive, avec l’égalité, en queue de peloton des qualificatifs que les Français appliqueraient pour définir leur pays. 85% des personnes interrogées s’accordent par exemple à reconnaître que la France est un pays de diversité, et 68% la considèrent comme un pays généreux et de liberté. Mais les Français sont plus partagés lorsqu’il s’agit d’accoler le terme de fraternité à l’image qu’ils se font de leur pays : malgré la devise républicaine, seuls 53% considèrent la France comme un pays de fraternité. Ce chiffre tombe même à 45% chez les plus jeunes (18-24 ans).   

La diversité comme point d’achoppement

La diversité apparaît donc comme le terme le plus cité par les Français pour qualifier leur pays, parmi les 9 termes proposés par le sondage. Entendue dans l’enquête comme étant « l’ensemble des personnes qui diffèrent les unes des autres par leur origine (…) et qui constituent la communauté nationale à laquelle elles appartiennent », la diversité s’avère un point d’achoppement particulièrement sensible. D’un côté, les trois quarts (76%) des Français considèrent la diversité comme une bonne chose. Mais si on y regarde de plus près, il s’avère que la diversité renvoie dans l’imaginaire national autant à des aspects positifs que négatifs. D’un côté, 72% des Français pensent que la diversité est enrichissante pour les individus, et 71% qu’elle ouvre notre société sur le monde. Mais 69% y voient également une source de problèmes et de conflits, et 52% la considèrent même comme une source d’inquiétude. Plus surprenant, 53% des Français considèrent la diversité comme un élément qui génère des politiques favorisant les minorités au détriment de la majorité, et 49% craignent qu’elle nous fasse perdre notre identité et nos valeurs (un sentiment davantage présent parmi les personnes âgées et les CSP-).   

Vers un indice de fraternité ?

Le baromètre révèle par ailleurs un contexte de défiance assez généralisé parmi les Français. Un tiers d’entre eux seulement pensent qu’on peut faire confiance à la plupart des gens, tandis que 64% disent au contraire qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres. La défiance est particulièrement forte parmi les femmes (67%) et les CSP- (74%). 

Ces chiffres montrent donc une situation assez contrastée de la fraternité, marquée par une adhésion au principe, mais aussi une certaine défiance vis-à-vis des autres personnes – et en particulier celles qui ont des origines différentes. Comment y voir plus clair parmi ces réponses parfois contradictoires ? Une originalité de l’étude est qu’elle propose en conclusion d’agréger un certain nombre de données afin de créer un indice de fraternité, censé refléter l’état de l’opinion Française dans ce domaine. Les réponses données par les Français à neuf questions relatives à la fraternité, la diversité et la confiance envers les autres sont normalisées entre 0 et 100 – en fonction du degré de fraternité exprimé par la réponse. La moyenne obtenue pour l’année 2018 est de 52/100 pour l’ensemble du panel interrogé, avec un score plus élevé parmi les CSP+ et les personnes âgées (55/100) et au contraire un score plus faible parmi les CSP- (49/100) et les jeunes (51/100). 

S’il peut paraître un peu abstrait, cet indice pourra toutefois s’avérer intéressant à suivre dans le temps. Une manière de vérifier si les propositions faites par le Labo de la fraternité ont été entendues et suivies d’effets… ou si la fraternité est au contraire vouée à rester le parent pauvre des politiques publiques.