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Le bonheur en chiffres : qu’est-ce qui rend les Français heureux ?


Aurélien Boutaud | 8 mars 2019 | Mots-clés statistique bonheur | Fils rouges chiffres

Le 20 mars prochain, comme chaque année, la journée mondiale du bonheur sera marquée par la publication du World Happiness Report (rapport mondial sur le bonheur). Un événement que l’Insee a devancé cette année en publiant en janvier un nouvel état des lieux de la satisfaction de vie des Français.

Si la production d’un indicateur mesurant le niveau de bonheur des habitants peut surprendre – en particulier de la part d’un institut national chargé de la statistique économique – il faut rappeler que cet évènement s’inscrit dans la suite logique des travaux menés à la fin des années 2000 par la Commission Stiglitz, dont le but était alors de réfléchir aux « moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives » tout en proposant des indicateurs de richesse alternatifs au PIB. C’est dans ce contexte que la France a alors décidé de produire régulièrement une enquête sur la satisfaction de vie de ses habitants. Confiée à l’INSEE, cette étude consiste notamment à demander à un échantillon représentatif de Français âgés de 16 ans ou plus quel est leur niveau de satisfaction dans la vie, sur une échelle allant de 0 à 10. 

En France, un niveau de satisfaction élevé… mais qui ne progresse plus

En 2017, les Français déclarent en moyenne un niveau de satisfaction dans la vie de 7,2/10, ce qui est relativement élevé en comparaison du reste du monde. Sans surprise, les travaux menés au niveau international, qui utilisent des approches très semblables à celles de l’INSEE, montrent par exemple que les pays les plus aisés sont également ceux dans lesquels les gens se déclarent les plus heureux. La plupart des pays européens et nord-américains obtiennent ainsi des résultats supérieurs à 6/10, avec des pics supérieurs à 8/10 dans certains pays du nord de l’Europe ou en Suisse. A l’opposé, la majorité des pays d’Afrique déclare un niveau de satisfaction de vie moyen inférieur à 4/10.

Même s’ils sont réputés pour être d’éternels râleurs, les Français se situent donc dans le haut du panier des citoyens les plus satisfaits de leur vie au niveau mondial. Mais ce que montrent également les études de l’INSEE depuis maintenant plusieurs années, c’est que ce niveau n’évolue plus guère : il tend à stagner autour de sa valeur actuelle.  

Le niveau de vie matériel et la santé en première ligne

Le principal intérêt de l’enquête de l’INSEE est de pointer un certain nombre d’éléments qui semblent corrélés au niveau de satisfaction de vie. Sans grande surprise, les conditions de vie matérielle apparaissent comme un facteur de satisfaction important, avec une corrélation particulièrement marquée entre satisfaction de vie et niveau de revenus. Les ménages appartenant au 9ème décile des revenus (c’est à dire les 10% des ménages disposant des revenus les plus élevés) déclarent une satisfaction de vie moyenne de 7,6 alors que les ménages du premier décile (10% les plus pauvres) déclarent en moyenne une note de 6,5. Symétriquement, on trouve plus de 30% de personnes déclarant une note égale ou inférieure à 5/10 parmi les ménages les plus pauvres (1er décile), contre seulement 9% chez les plus riches (9ème décile). 

D’autres facteurs entrent bien entendu en jeu : c’est particulièrement le cas de l’âge et de la santé. Par exemple, « les personnes jugeant leur état de santé très bon attribuent une note moyenne de 8,0 à leur vie en général, contre 5,6 pour celles l’estimant mauvais ou très mauvais. »

Le lieu de vie n’est pas corrélé au bonheur… mais l’insatisfaction, un peu !

Curieusement, l’INSEE insiste cette année sur une dimension déjà largement identifiée les années précédentes, à savoir que (pour reprendre mot pour mot le titre de la publication de l’INSEE) « le niveau de satisfaction dans la vie dépend peu du type de territoire de résidence ». L’institut constate en effet que, « en considérant les unités urbaines, il n’apparaît pas de variations significatives du niveau de bien-être subjectif suivant la taille de l’agglomération de résidence : en moyenne, entre 2014 et 2017, la note varie entre 7,2 en zone rurale, dans les villes de plus de 100 000 habitants et dans l’agglomération parisienne et 7,0 dans les villes de 50 000 à 99 999 habitants. L’analyse par type d’aires urbaines (définies selon la proximité des pôles économiques) montre des écarts légèrement plus marqués, mais confirme que le bien-être ressenti dépend globalement peu de la géographie. »

La focale portée sur cette question n’est peut-être pas innocente dans le contexte actuel marqué par le mouvement de colère des « gilets jaunes », dont on a beaucoup dit qu’il était révélateur d’une fracture territoriale. L’hypothèse semble se confirmer au regard de la focale portée par l’INSEE sur les personnes visiblement insatisfaites (déclarant une satisfaction inférieure ou égale à 5/10). L’INSEE note alors que, « dans les communes situées hors de la zone d’influence des grands pôles économiques (petits et moyens pôles, communes isolées situées hors des zones d’influence des pôles et, dans une moindre mesure, communes multipolarisées non rattachées à de grandes aires urbaines), la proportion de personnes se déclarant peu satisfaites de leur vie est plus importante (…). Ces proportions sont à l’inverse les plus basses dans les zones situées à proximité des plus grands pôles (…) et, dans une moindre mesure, dans les grands pôles eux-mêmes. »

Même si les écarts entre territoires ne sont pas très spectaculaires, on constate donc que l’attention portée aux « insatisfaits » amène à une lecture un peu différente de la situation.