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Le couple est-il encore un rempart contre la pauvreté et les inégalités ?


Aurélien Boutaud | 22 novembre 2018 | Mots-clés inégalité mixité pauvreté politiques publiques statistique économie | Fils rouges chiffres

Le fait de vivre en couple permet de réduire les risques de pauvreté. Partager ses revenus et mutualiser ses dépenses sont en effet des moyens efficaces pour un ménage de parvenir à économiser de l’argent et faire face à un éventuel coup dur, comme par exemple la perte d’un emploi. Pourtant, malgré la généralisation du travail féminin et le resserrement des écarts de revenus entre hommes et femmes, les inégalités de niveau de vie entre ménages n’ont pas réellement baissé. Pour comprendre ce phénomène, un rapport de France Stratégie s’est récemment intéressé aux effets que les changements dans le couple et les structures familiales ont pu avoir sur les inégalités au cours des dernières décennies.  

La réduction des écarts de revenus hommes-femmes a fait baisser les inégalités entre ménages

Le principal facteur qui a participé à réduire les inégalités de niveau de vie entre ménages est la réduction des inégalités de revenus entre hommes et femmes. Le taux d’activité des femmes s’est en effet accru de 10% entre 1996 et 2015, et le nombre de couples dont un seul conjoint travaille a été divisé par deux sur la même période. L’assurance amenée par le fait de disposer d’un double revenu a donc progressé au sein des ménages vivant en couple. L’étude menée par France Stratégie estime que la hausse du travail des femmes a ainsi permis de réduire les inégalités de revenus des ménages en moyenne de -1,6 point d’indice de Gini (communément utilisé pour mesurer les inégalités). Ce phénomène est malheureusement contré par deux tendances qui ont un effet inverse.

La baisse du nombre de couples fait au contraire augmenter les inégalités

D’un côté, l’augmentation des divorces et des séparations, mais aussi les mises en couple plus tardives, ont entraîné une baisse du pourcentage de Français vivant en couple, qui est passé de 78% en 1996 à 69% en 2015 (pour les 25-60 ans). Environ deux familles sur dix sont désormais monoparentales. Ce phénomène entraîne une baisse mécanique de la redistribution « privée » des revenus : moins de couple entraîne moins de redistribution de revenus au sein des ménages. L’étude de France Stratégie estime ainsi la baisse du pourcentage de ménages vivant en couples responsable d’un accroissement des inégalités de niveau de vie d’1,2 point de Gini.    

L’homogamie, facteur aggravant des inégalités

D’un autre côté, l’homogamie s’est également accrue durant la période étudiée. Rappelons que l’homogamie désigne le fait de vivre en couple lorsqu’on appartient au même groupe social. Or un couple sur quatre est aujourd’hui constitué de conjoints appartenant au même groupe de revenus, contre un sur cinq en 1996. Cet accroissement de l’homogamie tend évidemment à renforcer les inégalités entre ménages, de l’ordre d’1,9 point de Gini si on en croît l’estimation de France Stratégie, ce qui ferait de l’homogamie un facteur d’accroissement des inégalités entre ménages encore plus important que la baisse du pourcentage de ménages constitués de couples.

Quelles conséquences pour les politiques publiques de redistribution ?

L’étude de France Stratégie a le grand mérite de mettre l’accent sur un phénomène de redistribution privée qui est souvent laissé dans l’ombre des statistiques publiques. Elle montre que « notre système socio-fiscal a eu tendance à compenser la baisse de redistribution privée due aux évolutions sociales. » Pour autant, « cette compensation partielle s’est faite au prix d’une progression des dépenses de prestations sociales (évaluée à 6,2 milliards d’euros) et elle n’a pas empêché la pauvreté d’augmenter (de 2,2 points de pourcentage) en particulier chez les personnes seules, les couples à faibles revenus d’activité et les familles monoparentales, dont un tiers vit sous le seuil de pauvreté. »

De ce point de vue, la progression attendue dans les années à venir de la part des familles monoparentales et des personnes vivant seules ne devrait pas améliorer la situation.