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Les Français ne croient-ils plus en l’égalité des chances ?


Aurélien Boutaud | 21 janvier 2019 | Mots-clés citoyenneté cohésion sociale démocratie | Fils rouges chiffres

Le sentiment d’égalité des chances est un élément important de la cohésion sociale et une condition fondamentale de l’adhésion des populations aux institutions. Une récente enquête menée par l’Ifop pour le compte d’Ouest France et de Public Sénat montre que le sentiment d’injustice et d’inégalité tend à s’installer dans la population française, en même temps que la confiance en certaines institutions traditionnellement en charge de la solidarité s’effrite. Cet éclairage s’avère particulièrement intéressant dans le contexte du mouvement des gilets jaunes, dont l’un des moteurs semble être le sentiment d’injustice et d’inégalité de traitement entre les Français.

Le sentiment net que les inégalités s’accroissent

La première conclusion de l’enquête est nette : les trois quarts (76%) des Français interrogés pensent qu’au cours des dix dernières années les inégalités se sont accrues dans notre pays. Ce sentiment est à eu près stable – et même en légère baisse puisqu’en 2010 80% des Français partageaient déjà cette opinion. Le sentiment est toutefois assez vague puisque le type d’inégalité n’est pas précisé dans cette première question. Dans le détail, ce sont les inégalités de salaires qui produisent le plus grand sentiment d’injustice, alors même que les statistiques montrent plutôt une stagnation en la matière. Arrivent ensuite, assez loin derrière, les inégalités face à l’emploi et les inégalités entre les femmes et les hommes. Ce sentiment d’inégalités entre sexes arrive d’ailleurs en seconde position parmi les femmes, qui sont 43% (contre 29% des hommes) à citer l’inégalité de genre parmi les trois plus importants facteurs d’injustice. On notera que les inégalités de patrimoine sont nettement moins citées alors que, paradoxalement, par le biais des transmissions elles sont données à certains et pas à d’autres, mettant à mal le principe d’égalité des chances.

Un désaccord sur les publics prioritaires et sur la définition d’une société juste

Ces paradoxes s’expliquent peut-être pour partie par le fait que les philosophies de la justice ne sont pas les mêmes pour tous. Parmi trois propositions faites, c’est la définition de la justice qui ajoute au principe d’égalité des chances une dimension de redistribution des revenus par le biais de la fiscalité qui l’emporte encore, avec 40% des personnes interrogées qui adhèrent à cette vision. Mais les points de vue sont assez partagés entre les Français.

Reste à savoir quels publics doivent prioritairement être accompagnés pour rétablir l’égalité des chances. Sur ce plan, les Français citent en premier les personnes handicapées, les pauvres et, en troisième position, les habitants des zones rurales isolées. On notera que ces derniers arrivent nettement devant les habitants des banlieues difficiles, comme si le fait d’habiter en milieu rural isolé générait davantage d’exclusion que le fait d’habiter dans un quartier pauvre ! Enfin, aux yeux des personnes interrogées, les personnes issues de l’immigration arrivent en dernière position des publics à privilégier en matière d’égalité des chances.

Des institutions décrédibilisées ?

Sur quels acteurs les Français comptent-ils pour rétablir l’égalité des chances ? Là encore, le sondage est intéressant puisqu’il montre clairement que le gouvernement et les syndicats semblent largement décrédibilisés aux yeux des Français, qui font aujourd’hui davantage confiance aux élus locaux, aux agents des services publics et aux associations. 

Même l’école, longtemps considérée comme le lieu où s’exprime l’égalité des chances, semble perdre la confiance des Français : 60% d’entre eux pensent que le système scolaire n’assure pas à chaque enfant la même chance de réussir sa scolarité.