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Les Français plus attachés que jamais aux prestations sociales


Aurélien Boutaud | 18 avril 2019 | Mots-clés cohésion sociale droits inégalité pauvreté politiques publiques retraite santé statistique équité | Fils rouges chiffres

Depuis près de 20 ans, la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) réalise pour le compte de plusieurs ministères un baromètre d’opinion qui permet d’analyser l’évolution de l’opinion des Français sur la santé, la protection sociale ou encore les inégalités. Plus de 3000 personnes de 18 ans et plus ont ainsi été interrogées en face à face durant l’automne 2018. Dans un contexte social et politique marqué par le mouvement des gilets jaunes, le baromètre fait apparaître deux tendances importantes : une sensibilité accrue des Français aux inégalités de revenus, mais aussi un attachement très marqué aux prestations sociales.

Pessimisme et peur de la précarité à la hausse   

La première partie du baromètre met en évidence un sentiment de mal être assez marqué parmi les Français. Ces derniers sont 48% à se déclarer pessimistes quant à leur propre avenir, un taux qui n’avait été atteint qu’en 2011, au moment où les effets de la crise financière étaient les plus marqués. Surtout, ce sentiment est en très forte hausse parmi les ouvriers (58%) et les retraités (55%) alors qu’il baisse chez les cadres supérieurs et les professions libérales (24%). Le fossé entre ces catégories ne cesse de s’accroître, alimenté en particulier par la peur de la précarité et du chômage, particulièrement forte parmi les populations les plus modestes.

Les inégalités de revenus sont jugées les plus inacceptables

L’une des principales nouveautés du baromètre concerne l’aversion pour les inégalités de revenus, qui monte en flèche. Parmi une dizaine d’inégalités identifiées par la DREES, les inégalités de revenus sont celles qui sont habituellement considérées de loin par les Français comme les plus courantes. Mais cette année, elles sont également considérées comme les moins acceptables, devant les inégalités d’accès aux soins et les inégalités liées à l’origine ethnique – les inégalités de genre arrivant seulement en quatrième position. La part des Français jugeant les inégalités de revenus comme les plus inacceptables a ainsi grimpé de 7 points en un an. Les Français désirent donc un resserrement des revenus : ils considèrent en moyenne qu’un ouvrier non qualifié devrait gagner 25% de plus que son salaire actuel, et un PDG de grande entreprise 40% de moins.

Une opposition nette à la baisse des prestations sociales

Une autre information très intéressante concerne le renforcement de l’attachement des Français aux prestations sociales. Dans un contexte de pessimisme et de crainte de l’avenir, la tendance n’est clairement pas à la remise en cause de ces filets de sécurité. Quand on leur demande s’ils seraient prêts à accepter une baisse des niveaux de prestations en échange d’une baisse d’impôts ou de cotisation, le rejet est massif. Par exemple, 88% des Français refusent une baisse des prestations de retraites en échange d’une réduction de cotisation, soit une progression de 6% en un an. Les aides aux personnes handicapées et aux personnes âgées dépendantes sont également très ardemment défendues, plus encore que l’assurance maladie. L’opposition à la baisse des prestations augmente de 4 à 7 points entre 2017 et 2018, selon les prestations considérées. 

L’aversion pour les inégalités de revenus et la défense des prestations sociales sont donc deux des informations clés de ce baromètre 2018. Elles montrent de toute évidence que les Français ne revendiquent pas une baisse des cotisations et des impôts. Très attachés aux prestations sociales, ils attendent surtout davantage de justice et d'équité.