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Les aidants ont besoin d’aide : retour sur le baromètre 2019 de la fondation April


Aurélien Boutaud | 10 janvier 2020 | Mots-clés accompagnement handicap politiques publiques seniors vieillissement vulnérabilité Travail social | Fils rouges chiffres

Alors que le gouvernement a présenté cet automne son plan de soutien pour les aidants, la fondation April a récemment publié avec l'aide de BVA une nouvelle version de son baromètre des aidants 2019. Plus de 80% des Français estiment que les pouvoirs publics ne valorisent pas assez le rôle de l’aidant et ils sollicitent de leur part davantage d’aides, notamment financières et matérielles. Une requête d’autant plus justifiée pour les aidants actifs, qui se sentent souvent pénalisés dans leurs carrières professionnelles.

Les aidants : un « profil type » difficile à établir

Comme nous l’avions déjà évoqué dans ces colonnes, les chiffres sur les aidants sont délicats à établir. On cite généralement une fourchette allant de 8 à 11 millions de personnes concernées en France par cette situation. Le baromètre de la fondation April montre que 20% environ des Français âgés de 15 ans ou plus se reconnaissent dans la définition de l’aidant, à savoir une personne apportant régulièrement et bénévolement de l’aide à un ou plusieurs proches dépendants. Sans revenir ici sur la grande hétérogénéité des situations, on rappellera que les aidants sont plus souvent des femmes que des hommes, âgés de 50 à 64 ans. Plus de la moitié des aidants sont actifs et ils viennent généralement en aide à une personne membre de leur famille en situation de dépendance ou de handicap qui, le plus souvent, vit encore à son domicile. Ce profil type cache toutefois une grande hétérogénéité des situations, la charge de travail pouvant énormément varier en fonction du degré de dépendance de la personne aidée, mais aussi de l’assistance extérieure dont elle bénéficie – 37% des aidants déclarent par exemple être seuls à aider la personne qu’ils accompagnent.

Source : Baromètre des aidants, 5e vague, BVA Group & Fondation April, septembre 2019

 

Une charge ressentie comme de plus en plus lourde                    

Cette situation d’aidant a de nombreuses répercussions sur la vie quotidienne. Le baromètre de la fondation April montre d’ailleurs que la charge ressentie par les aidants tend à s’accroître en 2019. Le temps consacré à l’aide augmente, et un quart des aidants déclare aujourd’hui consacrer au moins 20 heures par semaine à cette tâche. 11% des aidants assurent même consacrer plus de 40 heures hebdomadaires à soutenir leurs proches. Et si les aidants tirent certains bénéfices de cette situation – notamment le sentiment d’être utile à la personne aidée – les aspects négatifs sont également nombreux et de plus en plus souvent cités. Ainsi, 27% des intéressés déclarent que leur situation d’aidant a des effets négatifs sur leur moral, 27% sur leur sommeil, 26% sur leur santé. Mais ce sont les loisirs et la vie sociale qui semblent les plus pénalisés : presque un tiers (31%) des aidants déclarent que leur situation a un impact néfaste dans ce domaine.

Source : Baromètre des aidants, 5e vague, BVA Group & Fondation April, septembre 2019

Le baromètre opère par ailleurs en 2019 un focus sur les aidants actifs, qui sont 41% à déclarer que leur activité d’aidant a un impact négatif sur leur efficacité au travail, en raison du stress et de la fatigue générés. 17% craignent que la situation nuise à leur avenir professionnel, et 13% ont peur de perdre leur emploi à cause de l’aide qu’ils apportent à leurs proches. Les deux tiers d’entre eux n’ont d’ailleurs pas révélé la situation à leur employeur.

Un besoin de soutien revendiqué mais encore trop peu entendu

Les principales difficultés auxquelles les aidants se disent confrontés sont le manque de temps (cité par 38% des aidants), la fatigue physique (32%) et la complexité des démarches administratives (26%). Les Français sont quasiment unanimes (84%) à penser que les pouvoirs publics ne valorisent pas assez le rôle de l’aidant, et ils prônent particulièrement les aides financières, une meilleure coordination des acteurs ou encore l’aide au maintien à domicile des personnes aidées.

Le plan de soutien aux aidants annoncé par le gouvernement répond pour partie à ces demandes. La mise en place d’un congé indemnisé pour les aidants salariés en est un exemple. Reste qu’avec une période limitée de congé à trois mois et une indemnisation de 40 à 50 euros par jour, la mesure semble loin du compte.  Dans un article paru dans Le Monde en 2016, Anne-Aël Durand rappelle par exemple que, concernant les malades d’Alzheimer, les études évaluent entre 12 et 16,50 euros le coût horaire de l’aide informelle aux malades. « En moyenne, la Fondation Médéric Alzheimer estime à 14 milliards d’euros par an le coût global de l’aide informelle pour la société française. (…) Au niveau des familles, France Alzheimer a évalué en 2010 que, pour chaque patient, les aides s’élèvent à 414 euros par mois en moyenne, principalement sous forme d’allocation personnalisée d’autonomie (APA), aides au logement ou aides sociales du conseil général. Le reste à charge financier est estimé à 1 000 euros par mois, avec un décalage important entre les malades encore à domicile (570 euros) et ceux qui résident en établissement (2 300 euros). »

En complément du soutien financier aux aidants, il reste donc de la place aux acteurs publics pour développer les innovations au service des aidants. C’est par exemple ce que prônent certains acteurs comme la Fondation France Répit avec le site de soutien aux aidants métropole aidante, ou encore l’ouverture d’une maison de répit dédiée aux personnes souffrant d’un handicap et à leurs personnes aidantes.