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Les chiffres clés des minima sociaux en France


Aurélien Boutaud | 16 septembre 2019 | Mots-clés cohésion sociale insertion pauvreté politiques publiques | Fils rouges chiffres

La DREES a publié au début du mois de septembre la nouvelle édition de son panorama annuel des minima sociaux et des prestations sociales. Le document dresse un état des lieux complet de la situation à la fin 2017. L’occasion pour nous de revenir sur les chiffres clés des minima sociaux, ainsi que sur quelques tendances observées au cours des deux dernières décennies.

Le nombre de bénéficiaires stagne après une décennie de forte croissance 

Après une phase de stabilisation dans le courant des années 2000, le nombre de bénéficiaires des quatre principaux dispositifs de minima sociaux a considérablement augmenté entre 2008 et 2017, passant de 3 à 3,8 millions de ménages concernés – soit une hausse d’environ un quart. Dans le détail, comme le remarque pertinemment le Centre d’Observation de la Société, c’est avant tout l’évolution du RMI/RSA qui explique cette tendance. Cette catégorie de minima est non seulement la plus importante en effectifs, mais elle est également particulièrement sensible au contexte économique : à la suite de la crise, le nombre de bénéficiaires est ainsi passé de 1,2 million en 2008 à 1,8 million en 2015 – soit une hausse d’environ 50%. Dans le même temps, deux courbes se croisaient et tendaient à se compenser : d’un côté le nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse continuait de baisser, après une forte chute dans les années 1990 et 2000 liée à la part plus importante de femmes ayant connu une carrière professionnelle arrivant à l’âge de la retraite ; et d’un autre côté le nombre de bénéficiaires de l’allocation pour les adultes handicapés augmentait, ce qui peut s’expliquer par sa revalorisation mais peut-être aussi du fait d’une difficulté accrue des personnes handicapées à s’insérer dans le milieu professionnel.

Si on ajoute aux principaux minima sociaux susmentionnés les autres dispositifs existants, c’est au total non pas 3,8 mais 4,2 millions de personnes qui étaient allocataires de minima sociaux à la fin 2017, couvrant 11% de la population pour une somme de 26,5 milliards d’euros (soit 1,2% du PIB). 

Des effets de redistribution qui infléchissent le taux de pauvreté

Les minima sociaux permettent de redistribuer la richesse : ils représentent en moyenne 14% des revenus des personnes pauvres (c’est à dire disposant d’un revenu inférieur à 1060 euros par mois et par personne). Si on ajoute les autres prestations sociales (allocations logement, prestations familiales), ces dernières représentent en moyenne 42% des revenus des ménages pauvres et augmentent de 345 euros leurs revenus mensuels. Cet effort de redistribution permet également de réduire très nettement le taux de pauvreté : sans ces outils redistributifs, le taux de pauvreté serait de 22,2% au lieu des 14% constatés – soit une baisse de 8,2 points. La réduction du taux de pauvreté est particulièrement sensible pour les familles monoparentales, les personnes en situation de handicap et les moins de 20 ans.

Qui sont les bénéficiaires du RSA… et comment sortent-ils du dispositif ?

Un volet de l’étude de la DREES est consacré au profil des bénéficiaires des minima sociaux, en particulier ceux du RSA. Issus d’une enquête plus ancienne, ces chiffres montrent la grande fragilité des publics concernés : 67% d’entre eux sont sous le seuil de pauvreté, 44% ne mangent pas comme ils le désireraient (contre 7% de l’ensemble de la population), 23% vivent dans un logement surpeuplé (contre 7% de l’ensemble de la population), 19% se déclarent en mauvaise santé (contre 5% de l’ensemble de la population) et 38% présentent un état de détresse psychologique (contre 14% de l’ensemble de la population).

Cette fragilité est d’autant plus grande que les bénéficiaires restent longtemps dans le dispositif. Or le taux de sortie à un an n’est que de 24%. Et encore ne s’agit-il que trop rarement d’une sortie par l’emploi, puisque seuls 10% des bénéficiaires sortent du RSA avec un emploi salarié à un an. Qui plus est, les retours dans le dispositifs sont fréquents, puisque environ 40% des bénéficiaires du RSA (deux sur cinq) ont été présents dans le dispositif, en sont sortis... avant d'y revenir.