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Les dépenses publiques en chiffres… et en question


Aurélien Boutaud | 8 mai 2019 | Mots-clés politiques publiques prospective économie statistique | Fils rouges chiffres

Le gouvernement a depuis longtemps annoncé sa volonté de réduire la part des dépenses publiques dans le PIB de la France afin de rejoindre le niveau de nos voisins européens. Dans une récente note d’étude, France Stratégie explore cette perspective en se posant la question des secteurs qui devraient faire l’objet d’un effort particulier. L’occasion de revenir sur le poids des dépenses publiques, un chiffre souvent mentionné dans les médias mais plus rarement analysé dans le détail.

Des dépenses publiques qui s’élèvent à 56,5% du PIB

En additionnant tous les secteurs la France dépense chaque année près de 1300 milliards d’euros d’argent public, ce qui représente 56,5 % du produit intérieur brut. Ce pourcentage de dépenses publiques est le plus élevé au sein de l’Union Européenne : c’est 13 points de plus que la moyenne européenne et 3 points de plus que les pays du Nord de l’Europe (Danemark, Norvège et Finlande) souvent considérés comme ayant les modèles les plus socialisés. Les détracteurs du système Français présentent souvent cette particularité en affirmant de manière caricaturale que les Français travaillent en moyenne chaque année jusqu’au mois de juillet pour l’Etat – et dans une moindre mesure les collectivités locales. Ce serait oublié qu’une part importante de cet argent est redistribué à la population sous différentes formes de prestations et de services…

Quatre grandes catégories de dépenses publiques

Ainsi, le plus important poste de dépenses publiques, équivalant à 20,1% du PIB, concerne les prestations sociales de toutes sortes : retraites, chômage, minima sociaux ou encore allocations familiales. Ce système permet de redistribuer pour partie la richesse et de limiter les inégalités et la pauvreté : le graphique ci-après montre par exemple une corrélation nette entre taux de pauvreté et dépenses de prestations sociales.

Par ailleurs, si ces dépenses sont particulièrement importantes en France (4,3 points de PIB en plus que la moyenne des pays européens analysés dans l’étude de France Stratégie), c’est avant tout parce que notre pays se caractérise par un système de retraite par répartition entièrement public.

Le second poste de dépenses concerne les services sociaux et culturels, qui comptent pour 17,5% du PIB (0,4 point de plus que le panel de pays étudiés). Parmi ces différents services, on compte notamment ceux liés à la santé (hôpitaux, etc.) et à l’éducation (écoles, universités, etc.). Ces deux postes pèsent le plus lourd, loin devant les services liés aux loisirs et aux activités culturelles (musées, bibliothèques, etc.).

Les services généraux de l’Etat et des collectivités locales (défense, police, justice, administration générale) représentent 9% du PIB, soit 1,1 point de plus que la moyenne de nos voisins européens. Et ce sont les dépenses militaires (notamment la détention de l’arme nucléaire) qui expliquent en bonne partie ce pourcentage de dépense un peu plus élevé.

Enfin, et c’est moins connu,  6,2% du PIB est utilisé pour soutenir l’économie, sous forme de subventions et autres soutiens  publics divers aux acteurs économiques (+1,7 point par rapport à la moyenne de nos voisins européens). Le reste consiste en d’autres dépenses, comme par exemple le remboursement des intérêts de la dette.

Réduire les dépenses… mais dans quels secteurs ?  

Partant de ce constat, France Stratégie se demande ce qu’il adviendrait si le poids des dépenses publiques devait être réduit de trois points de PIB en 5 ans. S’appuyant sur les expériences de plusieurs pays européens, l’étude montre qu’un tel objectif est atteignable, mais à condition d’effectuer des choix : par exemple, « moyennant de gros efforts sur les dépenses qui ne font pas l’objet de choix collectifs conscients – dépenses d’administration générale et aides à l’économie marchande en tête. » Mais elle prévient également : « il paraît peu réaliste d’imaginer pouvoir le faire sans modérer aussi la croissance des dépenses sociales. »  Or, comme nous l’avons rapporté récemment, une enquête de la DREES montre que les Français sont plus que jamais attachés au maintien des prestations sociales : ce qu’ils réclament n’est pas tant une baisse des prélèvements qu’une plus juste répartition du poids qu’elles exercent sur la société.