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Les dons aux associations sont-ils en train de baisser ?


Aurélien Boutaud | 3 décembre 2018 | Mots-clés statistique citoyenneté engagement | Fils rouges chiffres

A l’occasion de la journée mondiale de la générosité, les médias se sont récemment fait l’écho d’un cri d’alerte lancé par quelques-unes des plus importantes associations et fondations françaises, qui se plaignent d’une baisse des dons. Au même moment, pourtant, la publication par Recherches et Solidarités de son bilan 2018 sur la générosité des Français montraient des chiffres encore à la hausse… mais pour 2017. L’occasion de revenir sur les chiffres de la générosité en France.

Jusqu’à 2017 : moins de donneurs, mais plus généreux

Recherches et Solidarités publie depuis plus de vingt ans un rapport annuel sur la générosité des Français qui fait référence en matière de chiffres sur les dons. L’étude croise des données issues de la Direction générale des finances publiques, mais aussi des 77 associations et fondations qui recueillent le plus de dons en France. Publié généralement en novembre, le rapport analyse les dons réalisés l’année précédant sa publication, c’est à dire 2017 pour ce qui concerne la dernière édition.

Après une année 2016 marquée par une stagnation, le constat général pour cette année 2017 est celui d’un rebond, avec une légère augmentation du montant total des dons réalisés par les Français en 2017, qui s’élève à près de 2,6 milliards d’euros. Cette légère croissance est pourtant paradoxale puisqu’elle est le résultat de deux tendances inverses qui durent déjà depuis plusieurs années :

  • d’un côté, le nombre de donateurs s’élève à 5,2 millions de foyers fiscaux en 2017, accusant une baisse d’1,1%. Cette tendance prolonge la nette érosion déjà constatée en 2016 et entamée en réalité depuis le milieu des années 2000 ;
  • d’un autre côté, le montant moyen des dons connaît une hausse de 5,3% en 2017, prolongeant une hausse régulière depuis de nombreuses années.

Sociologie et géographie du don en France

Sans grande surprise, ceux qui donnent le plus sont également, en moyenne, ceux dont les revenus sont les plus confortables. Les foyers fiscaux correspondant à la tranche de revenu imposable supérieure à 78.000 euros représentent par exemple 15% des donateurs, mais pour des montants équivalant à un tiers des sommes déclarées. Ce sont également ceux dont les dons ont le plus augmenté. Au contraire, on constate une forte érosion du nombre de donateurs parmi les moins aisés : ceux dont les revenus nets imposables sont inférieurs à 39.000 euros représentaient encore la majorité (51,4%) des donateurs en 2013, contre 43% seulement en 2017.

D’un point de vue géographique, on constate que les dons les plus élevés en moyenne se situent dans les départements les plus aisés et/ou urbains. En revanche, la densité de donateurs offre une géographie particulière, qui tend à se pérenniser dans le temps et qui dessine une « diagonale, allant des Pyrénées-Atlantiques (7ème rang national), jusqu’aux deux départements Alsaciens (aux deux premiers rangs). » Les auteurs notent que « ce sont des départements ruraux dans lesquels la générosité est pratiquée au quotidien. »

Des inquiétudes légitimes pour 2018

Si les tendances constatées en 2017 ne sont pas catastrophiques, d’où vient le cri d’alarme poussé par les associations et relayé par les médias ? Tout simplement des tendances observées depuis le début de l’année par les associations elles-mêmes, et que les statistiques de la Direction des finances ne permettent pas encore de confirmer. Interrogé par le Parisien, le Président de France Générosités – syndicat qui regroupe la plupart des associations et fondations concernées par le don en France – affirme que le nombre de dons est en baisse de 6,6% lors du premier semestre 2018. Et leurs montants moyens seraient également à la baisse, ce qui serait une première.

Pour Pierre Siquier, c’est l’incertitude liée aux modifications de fiscalité qui serait en cause. « Il y a eu plusieurs changements récents, d’abord la suppression de l’ISF (l’impôt sur la fortune) pour les grands donateurs, puis la CSG pour les retraités - tandis que 70% des donateurs ont plus de 50 ans -, et maintenant le prélèvement à la source. C’est une réforme plutôt bien acceptée mais les gens ne comprennent pas tout, se demandent à quelle sauce ils vont être mangés... ça génère des angoisses. » Une enquête de France Générosités révèle à ce propos qu’un quart des retraités qui soutenaient une cause ne savent pas s’ils vont donner cette année.

Reste à savoir si la tendance va se confirmer sur le deuxième semestre, ou si ce cri d’alarme suffira à rétablir la barre en cette fin d’année – une période dont on sait qu’elle est la plus cruciale en matière de générosité.