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Les inégalités de santé entre CSP en quelques chiffres


Aurélien Boutaud | 25 mai 2018 | Mots-clés statistique santé inégalité | Fils rouges chiffres

Dans un récent billet, nous avons pu constater qu’inégalités environnementales, inégalités de santé et inégalités sociales tendaient souvent à se conjuguer.  Concernant ces deux dernières, il est établi depuis longtemps que les cadres et les ouvriers n’ont pas la même espérance de vie. Pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait parfois imaginer, ces écarts de santé ne sont probablement pas tant liés à la pénibilité du travail qu’aux comportements et aux modes de vie, comme le rappellent les premiers résultats de l’enquête européenne santé et protection sociale publiés par la DREES et l'IRDES.

Les ouvriers et les peu diplômés sont en moins bonne santé…

Dans une synthèse publiée en 2016, l’Insee rappelait non seulement que les inégalités sociales face à la mort étaient particulièrement fortes, mais aussi qu’elles s’étaient maintenues depuis plus de trente ans – chaque catégorie sociale ayant gagné à peu près autant d’années d’espérance de vie sur cette période. En 2013, l’espérance de vie à 35 ans d’un homme cadre était par exemple de 49 ans, tandis que celle d’un ouvrier était de 42,6 ans, soit un écart de 6,4 années en faveur des cadres. Cet écart est toutefois plus faible chez les femmes, avec 3,2 années en faveur des cadres féminines comparées aux ouvrières – on notera d’ailleurs au passage que les différences entre catégories sociales sont dans tous les cas plus faibles que les écarts entre hommes et femmes, puisqu’un homme cadre a une espérance de vie plus faible qu’une femme ouvrière. Ces écarts d’espérance de vie à 35 ans sont encore plus forts en fonction du diplôme qu'en fonction de la profession, puisque l'espérance de vie des hommes diplômés du supérieur dépasse de 7,5 ans celle des non-diplômés.

L’enquête européenne santé et protection sociale, parue l’an dernier, vient préciser quelque peu ce constat en montrant par exemple que les cadres se déclarent beaucoup plus souvent en bonne santé que les ouvriers et les agriculteurs, ou encore que les symptômes dépressifs touchent bien davantage les employés (plus de 10% d’entre eux) que les cadres (moins de 5%).  

…mais ils ont également davantage un mode de vie à risque

La comparaison par catégorie socioprofessionnelle peut laisser penser que ces écarts de santé sont liés à la profession pratiquée. Interrogée sur cette question, Isabelle Robert-Bobbée de l’Insee admet par exemple « qu’il y a plus d’accidents du travail ou de confrontations à des produits potentiellement toxiques pour les ouvriers que pour les cadres. » Pour autant, ce facteur n’est pas aussi prépondérant qu’on pourrait l’imaginer, car « l’attention portée à la santé et les comportements à risque ne sont pas les mêmes selon les catégories socio-professionnelles. Dans les comportements à risque, on compte par exemple l’alcool, le tabac et l’obésité. »

L’enquête européenne santé et protection sociale apporte là encore des éclairages importants (par ailleurs confirmés par d’autres données nationales). D’un côté, par exemple, la consommation de tabac – premier facteur de mortalité prématurée en France – est très fortement corrélée à l’appartenance sociale : ainsi,  15 % des personnes de plus de 15 ans vivant dans des ménages dont la personne de référence est cadre ou profession intellectuelle supérieure fument quotidiennement. Ce pourcentage est presque deux fois plus élevé (29,7%) chez les ouvriers non qualifiés.

De la même manière, une alimentation déséquilibrée est un facteur important de nombreuses maladies chroniques – notamment cardio-vasculaires. Or l’obésité ne touche pas de façon uniforme les différentes catégories sociales : si près de 15% de la population française est obèse, seuls 8,2% des personnes vivant dans des ménages dont la personne de référence est cadre sont en situation d'obésité. A l’inverse, cette proportion grimpe à 19,1% chez les ouvriers non qualifiés et à 20,1% chez les agriculteurs – et on notera au passage qu’à structure d’âge et de sexe comparable, les ouvriers non qualifiés sont un peu plus touchés par l’obésité que les agriculteurs.  

Ces quelques chiffres nous rappellent en tout cas que, au-delà des inévitables facteurs génétiques, la santé est conditionnée par une multitude de déterminants environnementaux et sociaux parmi lesquels il est parfois bien difficile de distinguer ce qui relève des caractères socio-économiques ou des facteurs socio-culturels.