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Les inégalités scolaires d’origine territoriale


Aurélien Boutaud | 15 novembre 2018 | Mots-clés discrimination enfance inégalité jeunes éducation | Fils rouges chiffres

Cette année encore, l’OCDE révèle que le système d’éducation français est l’un de ceux qui favorise le plus la reproduction des inégalités sociales. Or ces injustices sont profondément ancrées dans les territoires. Nous avions à ce propos relayé l’an dernier une étude qui montrait que les élèves parisiens issus des classes sociales les plus démunies étaient concentrés dans les mêmes collèges, qui s’avéraient systématiquement être des établissements publics – tandis qu’au contraire les enfants issus de ces classes sociales étaient très peu présents dans les collèges privés. Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) s’est récemment penché sur cette question, montrant que cette inégalité se doublait d’une  autre injustice relative au profil des personnels enseignants.

La composition sociale des collèges reflète celle des territoires

L’étude menée par le Cnesco porte sur les collèges publics de la région Île-de-France, en se concentrant sur l’échelle géographique la plus fine proposée par l’Insee, celle du quartier (ou IRIS). Les auteurs de l’étude rappellent que cette échelle « permet de révéler des inégalités invisibles à des niveaux d’études territorialement plus agrégés (par exemple au niveau communal). »  

Sans grande surprise, l’étude constate d’abord que la composition sociale des collèges reflète assez fidèlement celle des territoires où ils sont implantés. Ce constat est d’autant plus évident que le Cnesco a porté son attention sur les collèges publics. Les établissements comportant les proportions les plus importantes de population favorisée se situent sur le territoire parisien et en banlieue très favorisée, là où le revenu médian est trois fois supérieur à la moyenne régionale et le taux de chômage deux fois plus faible. Au contraire, les territoires cumulant le plus de difficultés socio-économiques (revenus deux fois moindres que la moyenne régionale, deux tiers d’habitants en HLM) comptent jusqu’à deux tiers d’établissements très défavorisés, c’est à dire accueillant des élèves issus de familles pauvres ou de catégories socioprofessionnelles modestes.  

 

La répartition des personnels enseignants renforce ces inégalités

Ce que montre de manière détaillée l’étude du Cnesco, c’est non seulement que les inégalités territoriales se traduisent dans la composition sociale des collèges, mais qu’elle se double d’une inégale répartition des personnels enseignants au sein de ces établissements. Concrètement, cela signifie que les collèges les plus défavorisés sont également ceux qui disposent en moyenne des enseignants les moins expérimentés et les plus précaires.

En Île-de-France, la part des enseignants de moins de 30 ans est par exemple 3,5 fois plus importante dans les collèges situés dans des quartiers défavorisés (34% des enseignants) que dans les zones favorisées (9% des enseignants). La proportion d’enseignants non titulaires est également à peu près trois fois plus importante dans les quartiers défavorisés. Ces résultats sont confirmés au niveau national, dans une moindre ampleur toutefois, puisque « les 10 % de communes au revenu médian le plus faible ont un taux d’enseignants de moins de 30 ans dans les collèges publics qui est le double de celui des 10 % de communes au revenu médian le plus élevé. »

Moins expérimentés, plus précaires, les enseignants des collèges et des quartiers défavorisés sont également ceux qui restent le moins longtemps en poste : leur taux de stabilité est presque deux fois plus faible que dans les établissements situés sur des zones plus favorisées. Les auteurs notent à ce propos « que l’instabilité des enseignants dans les zones d’éducation prioritaire peut à la fois être la source et/ou la conséquence du mauvais fonctionnement d’un établissement. Cette caractéristique est très importante puisqu’un trop fort turnover des enseignants empêche de mener à bien des projets de long terme. »

Les résultats aux examens témoignent de ces inégalités territoriales 

Ce cumul d’injustices crée bien entendu des inégalités dans la qualité de l’enseignement, que les effectifs d’élèves plus faibles constatés dans les classes des zones prioritaires ne suffisent pas à compenser, loin s’en faut. Le taux de réussite au diplôme national du brevet (DNB) pourrait laisser penser que les écarts sont modestes, puisqu’ils varient en Île-de-France de 80 à 92% environ. Mais il faut rappeler que 50% de la note finale du DNB relève du contrôle continu, dont les pratiques de notation peuvent varier d’un collège à un autre. Les épreuves écrites, communes à tous les collèges, permettent une comparaison plus objective. L’analyse des résultats de ces épreuves montre que les taux de réussite varient du simple au double selon le type de territoire, passant de 57,5 % dans les territoires parisiens et banlieue très favorisée à 24,3 % dans les territoires cumulant le plus de difficultés socio-économiques.