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Que deviennent les allocataires du RSA sortis du dispositif ?


Aurélien Boutaud | 15 novembre 2018 | Mots-clés chômage insertion politiques publiques statistique | Fils rouges chiffres

La question du devenir des allocataires du RSA est régulièrement posée. Retrouvent-ils un emploi ? Ou, au contraire, sortent-ils du dispositif pour d’autres raisons (déménagement, changement de statut, radiation, etc.) ? La question peut sembler simple, mais les outils statistiques ne permettent malheureusement pas d’apporter une réponse très tranchée. Afin d’y voir plus clair, le Dispositif Régional d’Observation Sociale (DROS) de la région PACA a donc mené à la demande du Département des Alpes-Maritimes une enquête dont les résultats ont été publiés en début d’année. Retour sur ses principaux enseignements.

Une vaste enquête par Internet

Le DROS a la particularité d’être rattaché à la caisse d’allocation familiale (CAF) des Bouches-du-Rhône. Il a pour vocation de fournir des informations aux décideurs de la région PACA afin de définir et d’évaluer les politiques sociales et les actions de lutte contre la pauvreté. Pour cette étude, le DROS s’est donc appuyé sur les données de la CAF et du Conseil Départemental des Alpes-Maritimes, afin d’envoyer par Internet un questionnaire aux près de 17.000 personnes qui étaient allocataires du RSA socle en 2016 et qui sont sorties du dispositif durant cette même année – ou au tout début de l’année suivante. Un peu plus de 16% des personnes ont répondu, soit 2722 personnes dont le profil sociodémographique a été comparé au profil moyen du total des personnes enquêtées. Malgré une légère surreprésentation des femmes et des personnes âgées, le profil des répondants est assez proche du profil moyen.

Le retour à l’emploi, première cause de sortie du dispositif

La première information intéressante concerne la répartition des sorties du RSA par type de raison déclarée. 41,1 % des répondants déclarent être sortis du dispositif après avoir trouvé un emploi. Mais de manière assez surprenante, 18,4% ne savent pas pourquoi ils sont sortis du dispositif. Viennent ensuite ceux qui ont bénéficié d’autres prestations (11,9%), ceux qui n’ont pas envoyé leur déclaration ou ont fait l’objet de litiges (9,3%), ceux dont les revenus du foyer ont augmenté (7,3%), ceux dont la composition familiale a changé (3,8%) et ceux, enfin, qui ont changé de lieu de résidence (2,6%). D’autres raisons diverses sont avancées par 5,6% des personnes ayant répondu.

Quel profil de sortie vers l’emploi ?

Le taux de sortie vers l’emploi est un peu plus élevé chez les hommes (43,5%) que chez les femmes (39,7%). Il est également supérieur chez les nouveaux entrants dans le dispositif, chez les jeunes ou encore chez les personnes seules. Au contraire, les personnes âgées de plus de 50 ans ou celles vivant en couple ont plus de mal à sortir du dispositif par l’emploi. La mobilité apparaît également comme un facteur favorable, puisque près de la moitié des personnes sorties du dispositif par l’emploi ont trouvé un poste en dehors de leur commune de résidence – et plus de 10% en dehors même de leur département.

Les types de contrat signés sont également très variables. Les répondants sortis vers l’emploi sont 38 % à avoir signé un CDI. Les CDD de moins de 6 mois représentent 17,3 % des sorties par l’emploi et ceux de 6 mois et plus, 11,5 %. On observe par ailleurs 10,1% de contrats aidés. Enfin, 5,9% des personnes qui sont sorties du dispositif par l’emploi ont créé leur propre entreprise.

La fonction publique apparaît comme la première pourvoyeuse de postes pour les personnes qui sortent du dispositif, avec 38% des emplois concernés. Les temps partiels sont toutefois très largement surreprésentés puisque 41,3% des personnes sortant du dispositif du RSA avec un emploi sont embauchés à temps partiel, contre 14,5% pour l’ensemble de la population active. Quant à la pérennité des postes proposés en sortie de RSA, elle reste assez précaire puisque moins de la moitié des personnes sorties par l’emploi occupent encore le même poste au bout d’un un an ; et un tiers sont en recherche d’emploi après cette échéance. 

Les dispositifs d’accompagnement peu reconnus comme facteurs d’intégration

Un dernier aspect du questionnaire concerne le ressenti des personnes sorties du RSA par l’emploi. Lorsqu’on leur demande ce qui, à leur avis, leur a permis de retrouver un poste,  les répondants citent en premier lieu leur propre volonté et leurs compétences : ce facteur est évoqué, parmi trois réponses possibles, par 63,6% des personnes concernées. Viennent ensuite, loin derrière, l’opportunité ou la chance (35,8%) et l’aide de leur entourage (21,5%).

Autre fait marquant : les éléments mis en place dans le cadre de l’accompagnement des bénéficiaires du RSA sont très minoritairement cités. Par exemple, le fait d’avoir pu bénéficier d’un accompagnement est mentionné comme un facteur clé d’entrée dans l’emploi par seulement 10,9% des répondants. Le fait d’avoir levé d’autres freins (garde d’enfants, logement, transports) est également très peu évoqué.   

Ces résultats ne sont bien entendu pas forcément généralisables à l’ensemble du territoire français. Mais à l’heure où la question du devenir des bénéficiaires du RSA est de plus en plus souvent posée, il est probable que d’autres Départements soient amenés à répéter ce type d’enquête dans les années à venir.