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Quels liens entre grèves des transports, pollution de l’air et admissions aux urgences ?


Aurélien Boutaud | 29 octobre 2019 | Mots-clés environnement mobilité santé statistique vulnérabilité | Fils rouges chiffres

Les effets de la pollution atmosphérique sur la santé sont aujourd’hui bien connus et documentés. L’INSEE a publié au printemps une étude originale portant sur les dix plus grandes aires urbaines françaises, qui vient confirmer ces effets à court terme : elle montre que lorsqu’il est généré par une grève des transports en commun, l’accroissement ponctuel du trafic automobile en ville provoque une augmentation du nombre d’admissions aux urgences pour maladies respiratoires. Mais paradoxalement, les grèves peuvent également entraîner une baisse du nombre d’admissions pour d’autres maladies d’origine virale…

Les grèves des transports publics génèrent une augmentation du trafic et des pollutions

Le premier enseignement de l’étude concerne  l’impact des jours de grèves de transports en commun sur les comportements de mobilité des habitants, qui tendent à adapter leurs modes de déplacement pour faire face à ces perturbations. En moyenne, le nombre de véhicules enregistré est plus important, et le temps de parcours automobile s’allonge de 7%, conséquence de la congestion accrue du trafic.

Sans surprise, la circulation automobile étant un secteur important de polluants atmosphériques en milieu urbain, la qualité de l’air tend alors à se dégrader. La concentration horaire médiane de monoxyde de carbone augmente significativement le jour même, et celle de particules fines s’accroît d’environ 10% le jour suivant la perturbation (notamment parce que les particules restent en suspension et s’accumulent, d’où une certaine inertie). L’ozone voit sa concentration s’accroître un à deux jours après la grève, ce qui s’explique par le fait qu’il s’agit d’un polluant secondaire, issu de la transformation d’autres polluants primaires générés durant les jours qui ont précédé. 

Le nombre d’admissions aux urgences pour maladies respiratoire augmente…

Les auteurs de l’étude rappellent que les corrélations entre pollution de l’air et admissions aux urgences sont en général difficiles à interpréter car elles peuvent être en partie dues au fait que la pollution de l’air et l’état de santé de la population ont des causes communes qui les font varier simultanément, comme les conditions météorologiques. « S’appuyer sur l’occurrence d’une grève dans les transports en commun permet d’isoler une cause particulière à l’origine d’un surcroît de trafic automobile et de pollution de l’air. En effet, cet événement n’affecte a priori la pollution de l’air qu’à travers son impact sur le trafic automobile. Les variations d’admissions aux urgences qui s’ensuivent peuvent alors s’interpréter comme une conséquence du surcroît de pollution. » Or le constat est assez clair : dans les hôpitaux des aires urbaines observées, les admissions aux urgences pour affections respiratoires supérieures (comme les pharyngites ou les laryngites) sont significativement plus nombreuses les jours de grève. Le lendemain, ce sont les cas d’anomalies de la respiration qui augmentent.

La surprise vient du fait que le nombre total de pathologies respiratoires n’augmente pas. Ce qui ne peut s’expliquer que par une baisse d’occurrence de certaines de ces maladies à l'occasion des jours de grève.

…mais les maladies virales se répandent moins facilement

C’est du côté des pathologies respiratoires d’origine virale qu’il faut aller chercher l’explication de ce paradoxe. En effet, plusieurs études ont montré par le passé que les grèves des transports en commun se traduisent généralement par une diminution de la propagation des maladies virales. « Les échanges et contacts entre les personnes seraient moins fréquents les jours de grève, entraînant une moindre transmission des agents infectieux entre les personnes : les déplacements vers les lieux de travail seraient moins nombreux, les enfants moins présents dans les écoles ou les crèches, ou encore les transports en commun moins fréquentés ».  Au cours des deux journées qui suivent une grève, les admissions aux urgences pour grippes et pneumonies baissent significativement, or la grippe a typiquement un temps d’incubation court qui peut expliquer ce phénomène. Le même constat est opéré du côté des gastro-entérites.  

Les auteurs de l’étude concluent toutefois leur analyse en insistant sur ce qui était à l’origine le cœur de leur questionnement : « constater une hausse de certaines pathologies respiratoires permet de conclure à l’effet néfaste, à court terme, de la pollution automobile sur la santé respiratoire ». Et comme l’ont montré d’autres études, ce sont les populations les plus fragiles qui sont généralement les plus exposées à ces pics : les personnes âgées, les jeunes enfants, les asthmatiques, mais aussi les personnes qui habitent à proximité des grandes voies de circulation.