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Santé et environnement : lorsque la défaveur sociale s’en mêle


Aurélien Boutaud | 16 avril 2018 | Mots-clés inégalité environnement vulnérabilité santé politiques publiques | Fils rouges politiques publiques

L’Observatoire Régional de la Santé de la région Auvergne-Rhône-Alpes et le Cerema ont récemment réalisé pour le compte de la Métropole de Lyon un diagnostic santé et environnement des habitants du Grand Lyon. Ce travail fait apparaître des inégalités importantes entre territoires,  tant en matière de santé des populations que d’exposition aux nuisances environnementales. Où l’on se rend compte également que ces écarts ne sont pas étrangers aux inégalités économiques et sociales du territoire…    

Des inégalités de santé...

En terme de santé des populations, la métropole de Lyon se caractérise par une espérance de vie plus élevée que la moyenne nationale, mais aussi un taux d’admission en affections de longue durée (ALD) plus important. La population vit donc plus longtemps, mais avec davantage de maladies chroniques déclarées, ce qui est assez caractéristique des pays riches… et plus encore, semble-t-il, des métropoles. Mais surtout, la situation du Grand Lyon est marquée par des inégalités importantes entre territoires, avec un double gradient, à la fois centre/périphérie et, davantage encore, nord-ouest/sud-est. Qu’il s’agisse par exemple de la mortalité par maladies cardio-vasculaires, du taux d’admission en ALD ou encore du taux de remboursement de médicaments antiallergiques, les populations du sud-est sont davantage touchées que celles du centre et du nord-ouest de la métropole.   

…qui correspondent pour partie aux inégalités d’exposition aux nuisances

Entendu dans son acception la plus large, c’est à dire incluant les éléments physiques et sociaux (y compris donc les comportements), l’environnement est un facteur majeur d’accroissement des maladies dites chroniques. Sans surprise, le diagnostic santé environnement du Grand Lyon fait clairement apparaître là encore des écarts importants entre territoires. Qu’il s’agisse de particules fines ou de dioxyde d’azote, la pollution atmosphérique est ainsi davantage concentrée dans le centre et le sud-est de l’agglomération, tandis que le nord-ouest est plutôt épargné. L’exposition au bruit se répartit sensiblement de la même manière. Certains allergisants comme l’ambroisie sont également concentrés dans l’est et le sud-est tandis qu’ils sont quasiment absents de l’ouest de la métropole. Quant aux comportements, ils sont souvent plus difficiles à caractériser sur le territoire, mais on constate par exemple que la sédentarité est plus forte en périphérie – sans surprise, la part de déplacement à pied ou à vélo est par exemple plus élevée au centre-ville. On sait par ailleurs que certains symptômes de déséquilibre alimentaire, comme le surpoids et l’obésité, sont nettement corrélés aux caractéristiques socio-économiques (les catégories socioprofessionnelles supérieures et les populations aux revenus élevés étant par exemple moins touchés). Sur le pôle métropolitain, on note ainsi que le taux de diabète est très nettement plus élevé dans les quartiers dont le niveau de revenu médian de la population est faible.

La défaveur sociale comme facteur aggravant

Finalement, le diagnostic révèle que l’état de santé et la qualité du cadre de vie sont souvent corrélés à des facteurs socio-économiques comme le revenu ou les catégories socioprofessionnelles. Or la Métropole est de ce point de vue très nettement clivée. Un indicateur de défaveur sociale – qui prend en compte à la fois les revenus des ménages, la part de bacheliers, la part d’ouvriers et le taux de chômage – a par exemple été calculé à l’échelle des communes de la métropole. Il révèle un clivage entre centre et périphérie (en particulier centre/première couronne) et, plus encore, une différence très nette entre le sud-est et le nord-ouest de la métropole. Sans surprise, ce clivage territorial s’avère très proche de celui constaté à la fois pour l’état de santé des populations et pour la qualité du cadre de vie : signe, sans doute, que la défaveur sociale se cumule aux impacts négatifs de l’environnement sur la santé.

 

C’est sur la base de ce diagnostic que la Métropole s’apprête à lancer la concertation pour l’élaboration de sa future stratégie de santé environnementale. Une démarche sur laquelle nous aurons sans doute l’occasion de revenir.